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Oct
Perdre son logement par pauvreté d’une dépression
Perdre son logement par pauvreté d’une dépression

Lundi soir, 20 h 30. Les enfants sont couchés, je suis chanceuse, ils dorment déjà. Je suis concentrée. Je fais la lecture du dernier rapport de l’INSPQ sur la surveillance du Trouble du spectre de l’autisme au Québec. J’ai besoin de confirmer certains de mes énoncés pour mon travail de session.

Quand les enfants dorment, la maman devient étudiante au Certificat en Trouble spectre de l’autisme à l’UQAR. La maman qui a été acceptée sous la mention expérience pertinente, connaissance suffisante. La maman qui brave son sentiment d’imposteur pour entrer dans un local composé principalement de professionnels qui oeuvrent déjà dans le milieu de l’autisme.

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La maman qui est redevenue étudiante pour ne plus être seulement une mère, une blogueuse qui chiale sur les conditions de vie des familles qui vivent le trouble spectre de l’autisme d’un enfant ou de plusieurs. J’ai besoin d’un papier d’université pour être plus crédible, il parait ! Ce n’est pas l’absence d’un diplôme qui va me faire lâcher le morceau, no way !

Des notifications de détresse

Armée de mon surligneur, j’ajoute de la couleur aux passages pertinents, mais ma concentration vient de me lâcher. Mon cellulaire n’arrête pas de vibrer sur ma table de chevet. Une maman m’a « taguée » sur une publication, l’un de ses billets de blogue. Je ne suis pas la seule personne qu’elle interpelle, il y a même des noms de députés. Le titre de son texte me fait lâcher la lecture du rapport. Je quitte les observations des chercheurs pour me plonger dans une triste réalité : la pauvreté des parents d’enfants autistes.

Le titre du billet de blogue, c’est ça. Les propos fessent, des larmes coulent sur mes joues. Ce que Sandra Chartier décrit, je sais que c’est vrai. Je ne l’ai jamais rencontré, mais virtuellement, en messages privés, j’ai échangé avec elle quelques fois. Jamais je n’aurais cru que sa situation était aussi précaire. L’argent, la pauvreté, ce sont des sujets tabous, même quand on a un enfant handicapé. Si elle parle, si elle crie à l’aide sur le blogue collectif Enfants différents, besoins différents, c’est parce qu’elle risque de perdre son toit. Si elle dénonce, c’est parce que les jours sont comptés avant que sa famille se retrouve à la rue.

Son constat, ce passage dans son texte, je fais le même :

« Depuis huit ans, j’ai compris que l’argent mène le monde, qu’il se fout bien de savoir ton histoire et les difficultés que tu traverses. L’important, c’est le résultat : payer ses comptes ou en subir les conséquences. Pas d’échappatoire, pas de sauf-conduit, même pas d’empathie, juste une dictature financière sans-cœur et by the book qui fixe les règles du jeu et assure une mainmise sur la misère humaine. Et moi, dans tout ça, j’ai l’impression d’être une minuscule fourmi qui tente, impuissante, d’éviter ceux qui veulent l’écraser de tout leur poids. »

Sandra Chartier, Blogue Enfants différents, besoins différents

Une fourmi fatiguée

Sandra n’est pas une cigale qui a chanté tout l’été et qui a omis de payer son loyer parce qu’elle était trop occupée à festoyer ! Elle soignait sa dépression, celle qui a été occasionnée par des années de fatigue et de batailles accumulées. Des batailles qu’elle a menées pour son fils autiste !

Elle tentait de s’accrocher, de sourire aux petites victoires que la vie lui envoyait. Elle faisait exactement ce que l’on nous dit à nous, les mères d’enfants autistes. Elle a tout fait pour se préparer pour l’hiver, mais quand les autres fourmis te rejettent, parce que tu ne fournis plus, que tu ne rapportes plus, on t’expulse de ton nid. Voilà ce qui attend Sandra si rien n’est fait, si personne ne bouge.

Demandez de l’aide qu’ils disent ? Elle en demande, ici, maintenant ! Qui va l’aider ? Qui va aller plus loin que le jugement et se rendra à l’empathie ? Qui reconnaîtra que de s’occuper d’un enfant autiste, ça use, c’est difficile, ça débouche parfois sur une dépression qui, inévitablement, vient avec des problèmes financiers ?

L’urgence de l’empathie

Qui va reconnaître que la détresse des familles d’enfants autistes va jusque-là, qu’il faut aider Sandra ? Prouvez-moi que nous, Québécois, ne sommes pas seulement généreux quand le sapin de Noël se met à briller, que nous savons reconnaître l’urgence d’agir quand une maman d’enfant handicapé sort de l’ombre, se met en pleine lumière pour dévoiler sa détresse, son stress.

Qui va changer cette fin qui se dessine, celle dans laquelle elle annonce à ses enfants qu’ils doivent quitter leur appartement, leur école, leurs amis, parce que l’argent mène le monde et que ceux qui en ont assez pour mener ne l’ont pas entendu ?

Reconnaissez que Sandra est une fourmi et non une cigale. Reconnaissez que parfois la vie nous met sur les genoux, mais qu’il suffit d’une main tendue pour changer la fin de l’histoire.

Soyez cette personne, elle le mérite. Je vous le dis.

Une campagne de financement a été mise en place

Pour pousser la réflexion:

Enfants autistes, mères en détresse

Quand le web rassemble les parents

Édito: Parents à besoins particuliers cherche écoute

Comment vont les parents à besoins particuliers?

Le difficile parcours des parents d'enfants à besoins particuliers

Aller à la banque (alimentaire)

L'insécurité alimentaire : jamais bien loin

À propos de Nadia Lévesque

Mère de trois enfants, Nadia Lévesque s’est fait connaître grâce à ses textes traitant de l’autisme de sa fille Ariane. Son empathie et sa facilité à se glisser dans le cœur des parents vivant la différence de leur enfant ont permis à plusieurs de ses textes de devenir viraux sur les réseaux sociaux. Femme de cœur et de tête à la fois, cette maman est maintenant connue pour ses opinions bien assumées et ses prises de position.

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