09
Nov
Vérité et mensonges chez la personne autiste
Vérité et mensonges chez la personne autiste

Pour la grande majorité d’entre nous, personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), notre condition vient avec la particularité de dire la vérité toute crue, sans détour.

Cette vérité est basée généralement sur des faits et non sur l’émotion. Elle est aussi basée sur notre sens aigu de la justice. Ça nous cause souvent bien des problèmes au quotidien.

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Notre regard logique et moins émotif, combiné à la franchise de nos propos, devrait être perçue comme une belle qualité. Malheureusement, elle semble trop souvent mal perçue par une majorité de personnes que nous côtoyons dans nos vies.

Une perception erronée de la personne autiste

On nous dit souvent insensibles, à tort. Nous avons des émotions. Simplement, nous les vivons différemment. Chez certains d’entre nous, elles peuvent sembler moins intenses à première vue.

Chez d’autres, elles sont beaucoup plus intenses et moins bien contrôlées. Chez d’autres encore, ces émotions seront vécues à retardement et seront envahissantes.

Prétendre que nous ne sommes des êtres de pure logique serait faux. Nous ressentons et vivons nos émotions différemment de vous, ceux qu’on nomme les « neurotypiques ». Car nous sommes tout de même des êtres d’émotions.

On nous croit encore trop souvent incapables d’empathie, de nous mettre dans la peau d’autrui. Cette perception est fausse. Pour certains d’entre nous, ce que nous éprouvons est tellement intense que notre émotion prend le dessus et nous rend incapables d’avoir une réaction jugée « adéquate ».

Pour d’autres, la seule façon de démontrer qu’ils comprennent ce que l’autre vit est de faire un parallèle avec son propre vécu, ce qui passera pour de l’égocentrisme.

Logiques et émotifs

On nous accuse aussi parfois d’être incapables d’introspection et de nous remettre en question. Plusieurs personnes autistes Asperger ou de haut niveau que je connais ont pourtant passé leur vie à se remettre en question. Simplement, pour plusieurs d’entre nous, il nous faudra comprendre pourquoi cette remise en question serait bénéfique. Pour nous convaincre du bien-fondé de celle-ci, il vous faudra souvent user d’arguments logiques que nous pourrons analyser sous tous les angles.

Cependant, il vous faudra porter attention de ne pas mélanger votre perception d’une situation et ce qu’elle est réellement pour nous. Trop de gens pensent à tort savoir ce qui se passe dans notre tête et ce que nous ressentons. Ils essaient de nous imposer leur perception, ce qui devient frustrant.

Bref ! Nous sommes des êtres de logique et d’émotions. Nous sommes capables d’empathie et d’introspection. Nous sommes autistes, mais nous sommes humains avant tout.

L’étrange obligation d’apprendre à mentir

Malheureusement, comme beaucoup de personnes autistes, j’ai souvent l’impression d’être dans l’erreur. L’impression constante de devoir mettre des gants blancs. De devoir peser le pour et le contre, sans rien oublier, avant d’avoir le droit de donner mon opinion ou de prendre la parole.

Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à comprendre ce que les gens en général veulent et espèrent d’une relation.

Pour moi, la vérité, les faits et la justice priment, ce qui m’a coûté de nombreuses amitiés. Je ne défendrai jamais un ami au nom de l’amitié si celui-ci est dans l’erreur. Surtout si c’est au détriment d’une autre personne. Pas plus que je ne dirai à une personne le contraire de ma pensée ou de mon ressenti, parce que c’est ce qu’elle veut entendre.

Je suis mère de quatre enfants. Ma plus vieille aura bientôt vingt-quatre ans. Je sais que ce n’a pas été facile pour elle de devoir composer avec mon franc-parler. Elle aurait aimé à certaines occasions que je lui dise le contraire de ma pensée. Je sais qu’elle aurait voulu par moments que je la conforte dans ses choix pour la rassurer. Combien de fois ai-je dû accueillir sa colère et ses larmes parce qu’elle m’accusait de ne pas la comprendre. Combien de fois ai-je dû lui expliquer que pour moi, lui mentir volontairement n’aurait pas été une preuve de respect et de mon amour envers elle?

À un certain moment, elle est allée vers d’autres personnes qui la confortaient dans ses choix. Jusqu’au jour où elle s’est aperçue que le mensonge n’amenait rien de bon et qu’il brisait les liens de confiance parfois si durement acquis.

Quelle place pour les mensonges?

Même à l’âge adulte, même avec mes nombreuses lectures je ne comprends toujours pas que le mensonge doive impérativement faire partie de la vie. Que le fait d’être capable de mentir fasse partie de ce que l’on considère comme le développement normal de l’enfant et qu’il révèle la présence de certaines habiletés cognitives avancées, telle que la « théorie de l’esprit ».

D’y penser me décourage, mais surtout me brise le cœur. Il me semble que cette capacité de dire les choses de façon juste, comme elles sont, sans détour devrait être la norme. On nous dit que notre incapacité à mentir serait due à un déficit. Personnellement, je crois plutôt que c’est une grande qualité et une preuve de grande intelligence.

À tous, je pose la question suivante. Préférez-vous qu’on vous serve un mensonge pieux à l’occasion, mais qui risque de briser un lien de confiance? Ou préférez-vous la vérité toute crue, dite sans détour qui peut blesser l’espace d’un moment, mais qui créera une relation basée sur la confiance?autistes

À propos de Aube Labbe

Aube Labbé est Éditrice et Rédactrice en chef de spectredelautisme.com, une plateforme web ayant pour mission d'apporter une aide de première ligne aux familles touchées par l'autisme de leur enfant ou d'un proche. Également blogueuse à ses heures, elle conscientise et informe avec pertinence depuis quelques années sur le monde de l’autisme. Elle-même autiste Asperger, elle est maman de quatre enfants aux multiples diagnostics, allant de l’autisme plus sévère au syndrome d’Asperger en passant par le TDA/H, l’épilepsie et différents troubles d’apprentissage.

Commentaires

  1. Sylvie shoonjans

    Maman de 4 enfants aux multiples diagnostics épilepsie, tdah,troubles langage, dys..j ai juste l impression que j ai écrit ce texte ma grande a 23ans la dernière 5, je cherche encore à 42ans qui suis je réellement merci. Pour votre beau témoignage, Sylvie

    • Aube Labbe

      C’est un plaisir Sylvie ! Pour vous rassurer, je vous dirai que je suis convaincu que l’on finit toujours par trouver réponse à nos questions. Surtout lorsque ces dernières sont liées à qui nous sommes et notre fonctionnement. Il s’agit de prendre le temps de s’arrêter, de se donner rendez-vous avec soi-même et de vraiment s’écouter. Merci d’avoir pris le temps de me laisser un petit mot.

  2. Desrois

    Rien ne me met plus en colère qu’un mensonge. Quand je le découvre il remet tout en cause, ma confiance en tout premier lieu. Et je ne prête plus d’attention aux propos de quelqu’un qui m’a menti, par un mensonge il a perverti sa parole qui n’a plus pour moi aucune valeur. J’aime beaucoup le dicton qui dit « le mensonge prend l’ascenseur, la vérité, l’escalier, mais elle finit toujours par arriver ».

  3. Au royaume d'une Aspergirl

    Parfois juste de répondre une formule de politesse si elle ne correspond pas à ce que je pense pour vrai ça me met dans un état de malaise tant dire la vérité prévaut. C’est viscéral. Ça me gratte le cerveau d’inconfort. Vive l’information claire et les bonnes données.

  4. Val Demonac

    Les faits, ou tout au moins en l’absence de fait un discours le plus honnête possible, le plus près de l’objectivité qu’il puisse l’être.
    Quand les choses sont exposées avec bienveillance, ce qui a mon sens devrait être le préalable à toute interaction entre deux personnes 🙂

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