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Illustration: Camille Lavoie
Casque d’écoute pour enfants : des allégations marketing pas toujours fondées
Casque d’écoute pour enfants : des allégations marketing pas toujours fondées

Les casques d’écoute sont devenus des incontournables pour les jeunes, mais il faut bien avouer qu’on les aime aussi !

Combien de fois j’ai béni leur invention lors de mes longs déplacements avec fiston ? Combien de minutes d’agacement évitées chaque fois qu’un tout-petit regarde Pat’ Patrouille avec ses écouteurs ? Combien de soirées paisibles depuis que notre ado utilise son casque d’écoute pour entendre sa musique en boucle ?

Si personne ne conteste leur aspect pratique, nous sommes nombreux à nous questionner sur l’impact potentiel de ces habitudes d’écoute sur l’audition des jeunes.

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Malheureusement, il semble que nos craintes sont fondées. C’est ce que j’ai constaté en préparant un article sur le sujet pour l’Agence Science Presse : trop de jeunes ont des habitudes d’écoutes dangereuses quand ils utilisent leurs écouteurs.

Pour protéger l’ouïe de leurs enfants, de nombreux parents se tournent vers les écouteurs munis d’un contrôle intégré de limite des décibels. Or, il semble qu’ils ne soient pas tous efficaces.

 

Selon une analyse menée en décembre 2016 par Wire Cutter, près de la moitié des casques d’écoute pour enfants testés avec une limite de décibels ne respectaient pas la restriction de volume promise sur l’emballage de leur produit. Pire encore, certains de ces casques d’écoute « sécuritaires pour les jeunes oreilles » ou « 100 % sécuritaires » atteignaient des niveaux sonores si élevés qu’ils sont potentiellement dommageables pour l’ouïe en seulement quelques minutes. Pas très rassurant !

Puisqu’on ne peut pas se fier à la bonne foi des fabricants d’écouteurs, mieux vaut prendre les choses en mains pour éviter que nos enfants bousillent leur audition en utilisant des écouteurs à un niveau sonore dangereux. Pour cela, il suffit de connaître quelques trucs qui leur permettront d’écouter de la musique en toute sécurité :

Savoir quels sont les niveaux d’écoute sans danger

L’échelle des décibels est logarithmique. Une augmentation de 10 décibels revient à multiplier par 10 la puissance sonore. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le niveau d’intensité́ qu’il est recommandé́ de ne pas dépasser, quel que soit le bruit, est inférieur à 85 décibels (dB) pour une durée d’écoute de 8 heures par jour au maximum.  À 100 dB, les dommages peuvent survenir au bout de 15 minutes seulement.

Le choix des écouteurs

Les écouteurs-boutons ne sont pas recommandés pour les jeunes enfants, parce qu’ils sont inconfortables et rarement adaptés à leurs petites oreilles. De plus, étant plus près des tympans, ils présentent un risque supplémentaire.

Les casques ouverts sont plus confortables, car ils sont moins serrés sur la tête que les casques fermés. Par contre, ils laissent passer le bruit, alors que les casques fermés isolent passivement des sons extérieurs. Pour leur part, les casques d’écoute avec un réducteur de bruit actif éliminent les sons avec un signal inverse. Ils fonctionnent avec des piles.

Selon Julie Baril, audiologiste et candidate au doctorat en santé publique à l’Université de Montréal, les casques ouverts et fermés représentent de bonnes options, dans la plupart des cas. « Si la qualité est au rendez-vous, l’enfant ou l’ado n’aura pas besoin de monter le volume pour bien entendre. Pour ce qui est des casques d’écoute avec un réducteur actif de bruit, je les recommande à ceux qui sont souvent dans des environnements bruyants : transports en commun, auto, avion. »

Baisser le volume et limiter le temps d’exposition

Au-delà du choix d’écouteurs, c’est leur utilisation qui fera la différence, estime la spécialiste. Elle recommande d’emmener l’enfant dans une pièce calme pour bien régler le volume de ses appareils portables en fonction du casque d’écoute qu’il utilise.

« Règle générale, il faut régler le niveau sonore à 60% du maximum de l’appareil », explique-t-elle. À ce volume, l’enfant devrait prendre une pause après 60 minutes. L’OMS conseille même de limiter l’utilisation des appareils audio personnels à moins d’une heure par jour pour limiter l’exposition au bruit.

Un autre truc, à moins qu’il ne porte un casque isolé, l’enfant devrait nous entendre si on lui parle à une distance d’un mètre, et on ne devrait pas entendre ce qu’il écoute si l’on est situé à plus d’un mètre de lui.

Reconnaître la fatigue auditive

« On devrait expliquer aux enfants à reconnaître les signes de fatigue auditive », estime Justine Ratelle, audiologiste au CHU Sainte-Justine. « Quand on a l’impression d’avoir les oreilles bouchées après avoir écouté de la musique, quand nos oreilles qui bourdonnent ou sifflent, il faut prendre une pause et laisser nos cellules auditives au repos jusqu’à ce que notre audition revienne à la normale ». Sans quoi, à répétition, les cellules pourraient être altérées de façon permanente.

En appliquant ces conseils, on peut mieux protéger l’ouïe de nos enfants. Julie Baril estime aussi qu’on devrait leur expliquer que la perte d’audition est irréversible. Aussi, un appareil auditif n’est pas comme des lunettes, il ne corrige pas l’ouïe à 100%. L’audiologiste est convaincue que les enfants sont sensibles à ces arguments. « Les jeunes sont beaucoup plus réceptifs qu’on ne pourrait le croire à priori. Même si ça leur semble loin, ils ne veulent surtout pas avoir l’audition d’une personne de 40 ou 50 ans quand ils auront 20 ans! »

Alors, prenons le temps de leur en parler, ils pourraient bien nous écouter, nous, les vieux!

Pour en savoir plus sur les risques associés à l’usage des écouteurs, vous pouvez lire mon article sur le site de l’Agence Science Presse.

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À propos de Eve Beaudin

Eve Beaudin est journaliste depuis près de quinze ans et mère d’un presque ado. À la télé, comme à la radio et à l’écrit, son but est d'informer ceux qui veulent faire des choix éclairés, économiques et responsables. À la fois ludique et pragmatique, elle a aussi un côté « casseur de pub » qui aime départager le vrai du faux. De l’alimentation à l’habitation, en passant par les astuces écologiques, la dé-consommation et les trucs pour économiser du temps, tout ce qui touche de près la vie des gens, participe à leur santé et à celle de la planète l’intéresse. Actuellement, on peut la voir à l’émission de consommation Ça vaut le coût diffusée sur les ondes de Télé-Québec et l’entendre à ICI Radio-Canada Première. C’est avec grand plaisir qu’elle se joint à la grande famille du magazine Planète F !

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