16
Jan
Crédit Camille Lavoie
La consommation de placenta sous la loupe
La consommation de placenta sous la loupe

Depuis quelques années, davantage de mères choisissent de consommer leur placenta après la naissance de leur enfant. On prête en effet au placenta plusieurs vertus. La première étude clinique réalisée sur le sujet n’apporte toutefois aucune preuve du bien-fondé de ces allégations.

Selon les partisans de la placentophagie, consommer son placenta après l’accouchement aiderait à faire le plein d’énergie. Cet organe contient en effet beaucoup de fer. L’anthropologue médical américain Daniel Benyshek a donc voulu déterminer si la consommation de placenta influençait les niveaux maternels de fer.

Pour répondre à cette question, de nouvelles mères ont été divisées en deux groupes. Les femmes du premier groupe ont consommé des capsules contenant leur placenta cuit à la vapeur, déshydraté puis broyé. Les autres ont plutôt reçu des capsules contenant un extrait de bœuf. Les mères n’étaient pas au courant du contenu des capsules qu’elles ont ingurgitées.

Cette expérience a révélé que le placenta encapsulé n’était pas plus efficace qu’un extrait de bœuf pour augmenter les niveaux de fer. Les capsules de placenta contenaient pourtant plus de fer que les capsules de bœuf. Selon les scientifiques, le fer du placenta serait donc peu absorbé lorsqu’il est consommé après l’accouchement. De plus, ces résultats indiquent que les capsules de placenta ne sont pas suffisantes pour traiter une carence en fer.

L’équipe de Daniel Benyshek s’intéresse depuis longtemps aux bénéfices possibles de la placentophagie. Dans une étude publiée en juillet dernier, les chercheurs ont détecté la présence en faible quantité d’une quinzaine d’hormones dans 28 échantillons de placenta encapsulé. Ils ont aussi pu mesurer des concentrations d’estrogènes et de progestérones suffisamment élevées pour avoir des effets physiologiques.

Par ailleurs, une étudiante de Daniel Benyshek a rédigé une thèse de doctorat sur le sujet. Elle y conclut que les capsules de placenta diminuent la fatigue maternelle et les symptômes dépressifs. Ces conclusions n’ont toutefois pas encore été publiées dans un journal scientifique. Contacté par courriel, Daniel Benyshek mentionne que deux articles devraient paraître au printemps.

Bien que ces résultats soient intéressants, ils doivent cependant être considérés avec grande prudence. En effet, il s’agit de très petites études avec à un peu plus d’une vingtaine de mères étudiées. De plus, l’étude s’est penchée seulement sur l’effet du placenta encapsulé. Il existe pourtant d’autres façons de consommer le placenta.

Peu d’études solides

Malgré ces faiblesses, l’étude de Daniel Benyshek demeure importante. Il s’agit de la première étude clinique contrôlée randomisée à double insu réalisée sur la placentophagie humaine. En fait, la seule autre étude faite sur des humains remonte à 1954. De plus, celle-ci était de très mauvaise qualité. La plupart des chercheurs s’entendent d’ailleurs pour dire qu’il est impossible d’en conclure quoi que ce soit.

Avant l’étude de Daniel Benyshek, les seules informations sur les bénéfices de cette pratique provenaient du témoignage de mères qui l’avaient pratiquée. Dans un article publié en 2015, la psychologue américaine Marisa Marraccini explique la nécessité de réaliser des études solides sur la consommation du placenta. « Les participantes recrutées pour une étude examinant la placentophagie croiront vraisemblablement en ses effets », écrit-elle. L’utilisation d’un placebo est donc essentielle.

Les animaux le font

Cette absence de preuves n’empêche toutefois pas de prêter toutes sortes de vertu au placenta : prévention de la dépression post-partum, réduction de la douleur, augmentation de la production de lait, diminution de la fatigue, récupération plus rapide après l’accouchement, etc.

Un des principaux arguments des partisans de la placentophagie est que ce comportement est répandu chez les mammifères. Des études ont en effet démontré qu’une substance se trouvant dans le placenta et le liquide amniotique aurait un effet analgésique pendant le travail chez les rates. Cependant, cette substance perdrait son efficacité si elle est chauffée à une température de plus de 35 à 40° C.

Comme l’explique encore une fois Marisa Marraccini, cette propriété devient problématique lorsqu’on parle de placenta encapsulé qui a été préalablement cuit. « Les façons les plus courantes de consommer le placenta [chez l’humain] ne se comparent pas à celles des autres espèces », souligne-t-elle. Cette limite s’ajoute donc à d’autres qui nous empêchent de généraliser les résultats observés chez les rats aux humains. Marisa Marraccini mentionne également que la composition et le fonctionnement du placenta diffèrent d’une espèce à l’autre.

En fait, rien n’indique que la consommation de placenta par la mère ait été pratique courant dans l’histoire de l’humanité. Une étude ethnologique réalisée en 2010 par l’équipe de Daniel Benyshek sur 179 sociétés humaines n’a pas permis de détecter la moindre trace de placentophagie pratiquée de façon régulière. Les traditions culturelles entourant le placenta s’intéressent plutôt à la façon dont on devrait en disposer après l’accouchement.

Malgré l’absence de preuve de son efficacité, plusieurs mères continuent d’opter pour la placentophagie. Elles souhaitent en particulier prévenir la dépression et les problèmes d’humeurs. Selon Marisa Marraccini, ces mères devraient être dirigées vers des professionnels de la santé mentale plutôt que vers un service d’encapsulation du placenta. Pour l’instant, la placentophagie a encore ses preuves à faire.

À propos de Kathleen Couillard

Kathleen Couillard est microbiologiste de formation. Elle a toutefois vite constaté que la communication lui procurait beaucoup plus de satisfaction que les pipettes et les éprouvettes. En tant que journaliste scientifique, elle s’intéresse maintenant à tout ce qui touche l’enfance et la famille. Elle collabore entre autres au site web et au magazine Naître et Grandir de même qu’à la revue Perspective infirmière et à l’Agence Science-Presse. Elle est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette qui s’intéresse à la science de la périnatalité.

Commentaires

Laisser un commentaire