05
Déc
Crédit : Dans leurs yeux
« Dans leurs yeux », une histoire de résilience
« Dans leurs yeux », une histoire de résilience

Voir le Québec à travers les yeux d’un réfugié syrien de 8 ans, c’est ce qu’a voulu faire Samy-Jade Bélanger Plante, réalisatrice du film documentaire Dans leurs yeux.

Éducatrice spécialisée à l’école St-Paul à Laval, cette dernière s’est rapidement attachée aux nouveaux venus et a eu envie de partager leur histoire.

Dans leurs yeux tourne autour de huit garçons syriens âgés de 8 et 12 ans, Yeghia, Jamal, Salem, Edward, Ram, Fadi, Subhi et Karim, nouvellement arrivés au Canada. L’humanité, l’adaptation et la force de ces jeunes sont mises de l’avant de manière touchante à travers des rencontres sous forme d’entrevue.

- partenaire -

C’est donc l’histoire des enfants, mais aussi des adultes qui les entourent, qui leur ont pris la main pour les accueillir en douceur. En ce sens, le film est à la fois un très beau portrait de l’école publique. D’entrée de jeu, je dois dire que j’ai eu du mal à contenir mes larmes, et ce, dès les premières minutes du film.

À lire aussi : L'école, clé de l'intégration des immigrants

Dans leurs yeux documentaire

La langue, la langue, la langue

Un thème revient souvent, à travers le reportage : la maîtrise de la langue française, outil premier de l’intégration au Québec. Unanimes, les enfants ont répondu que le fait de ne pas comprendre et de ne pas pouvoir interagir à leur aise a été leur plus grande frustration.

Un garçon en particulier mentionne alors avoir été l’objet de moqueries, parce qu’il est en classe d’accueil. Un monde à part. À la vitesse à laquelle les enfants ont progressé, on sait qu’ils n’y seront pas bien longtemps.

Un autre moment touchant est celui où le petit Salem explique qu’il agit comme interprète pour ses parents, qui ne parlent pas encore la langue. « Mais quand mon papa va à un magasin et ma maman à un autre, je fais quoi moi ? » Beaucoup de responsabilité sur ces petites épaules.

La musique transcende les langues, et on a pu le constater dans le film. Les enfants se sont rassemblés pour créer de la musique, passion commune. À la suite de la projection du film, certains d’entre eux se sont même levés pour interpréter la pièce Imagine, de John Lennon. Frissons.

Dans leurs yeux documentaire

Planète F a assisté à la première du documentaire, qui avait lieu à l’école Saint-Paul le 23 novembre 2017.

 

Chez nous

Une chose est sûre, la question du déchirement identitaire, bien connue chez les immigrants de deuxième génération, commence tôt chez les petits réfugiés syriens.

« Est-ce que vous vous sentez chez vous ici ? », leur demande la réalisatrice. Devant leur incompréhension ou leur hésitation, elle insiste. J’ai mal pour eux. Oui, ils se sentent chez eux, mais oui, ils rêvent de la Syrie. Ils comptent bien y retourner. « Toutes les guerres à la fin finissent… », dit un des garçons.

À lire aussi : Entre défis et espoir, le quotidien des réfugiés syriens à Montréal

Cette mélancolie est le prix à payer pour le sentiment de sécurité que ces enfants vivent enfin, après des mois de stress et d’incertitudes. Leur parcours vers le Canada, évoqué brièvement dans le documentaire, a de quoi ébranler. Certains ont dû errer de pays en pays avant de trouver refuge chez nous. D’autres ont perdu des proches sous les bombes.

Disons que leur vécu les a fait vieillir plus vite que prévu. « Avez-vous peur de quelque chose ici ? » leur demande-t-on. La question leur semble tellement absurde, qu’ils répètent presque tous la même chose : « Non ? Comme de quoi ?! ». Ce constat est rassurant.


Consultez la page Facebook Dans leurs yeux pour connaître les dates et lieux des prochaines projections.

 

Également sur Planète F
La protection Web et les jeunes : comment ça marche ? Nos interactions web laissent des traces. Beaucoup de traces. Chaque publication sur les réseaux sociaux, chaque recherche en ligne produisent des don...
Des photos pour apaiser le deuil périnatal Depuis un an, la Fondation Portraits d'Étincelles propose un service de photographie pour les parents endeuillés de leur bébé décédé en cours de gross...
Famille compte triple : Le jeu d’équipe Pour lire la chronique précédente de Famille compte triple: Apologie du hasard C’est la quarantaine pour encore quelques jours. C’est comme ça. Quand...
Parler sexe en Inuktitut Au Nunavut, le taux d’infections transmises sexuellement est 50 fois plus élevé que la moyenne nationale. Il y a cinq fois plus de grossesses pendant ...
Les professeurs sont-ils mal outillés pour contrer l’intimidation? Le sujet ne date pas d’hier. L’intimidation est encore très présente dans les écoles primaires et secondaires. Pourtant, de nombreux professeurs sembl...
Made in France : L’éducation à la sexualité, pomme de la discorde En France, l’éducation à la sexualité est un sujet qui ne laisse personne de marbre. Qu’il s’agisse de la défendre ou de la condamner, ils sont à chaq...

À propos de Takwa Souissi

Takwa Souissi est juriste de formation, journaliste de passion et maman de vocation. Elle contribue notamment à la Gazette des femmes, au journal Métro, Le Devoir et Wixx Mag. Tout sujet qui s'approche de près ou de loin à la parentalité la fascine.

Commentaires

Laisser un commentaire