03
Déc
Crédit Camille Lavoie
Don de sperme : qu’en pensent les donneurs ?
Don de sperme : qu’en pensent les donneurs ?

Le don de sperme informel entre un homme et un couple infertile est probablement la plus vieille forme de procréation assistée. Malgré cela, on connaît encore peu la perception que les donneurs ont de leur geste. Une vision simpliste du don de sperme persiste donc où le donneur est présenté comme un homme naïf et inconscient. Une étude publiée par des chercheurs québécois apporte heureusement un éclairage inédit sur l’expérience de ces hommes.

L’étude réalisée grâce à une collaboration entre l’Université du Québec en Outaouais et l’Université de Montréal s’est intéressée aux hommes qui offrent personnellement leur sperme à des couples de femmes lesbiennes. Les scientifiques ont rencontré et interrogé deux groupes de donneurs : des hommes proches des femmes qui les sollicitaient pour le don et des hommes offrant leurs gamètes sur Internet.

Selon les résultats de cette étude, la décision de donner son sperme n’a rien de banal et a nécessité une sérieuse réflexion pour tous les donneurs. Des discussions avec les futures mères ont également permis de déterminer les attentes des deux partis et de clarifier les droits et les responsabilités de chacun. L’étude nous apprend d’ailleurs que certains hommes qui offraient leur sperme sur Internet ont même proposé un contrat. Celui-ci stipulait par exemple que le don avait eu lieu sans relation sexuelle. « S’il n’y a pas eu de relation sexuelle, il s’agit d’une assistance à la procréation selon la loi, explique Isabel Côté, professeure à l’Université du Québec en Outaouais et première auteure de l’étude. Le donneur ne peut alors pas réclamer la paternité. » Un contrat semblait toutefois superflu quand le donneur était déjà en relation avec les mères. La bonne entente entre celles-ci et le donneur devenait dans ce cas la meilleure garantie que les attentes de chacun seraient respectées.

- partenaire -

Les entrevues réalisées avec ces hommes offrent également un aperçu de leurs motivations pour donner leur sperme. Par exemple, certains hommes proches des futures mères souhaitaient être une personne particulière et significative dans la vie d’un enfant. Pour leur part, les donneurs recrutés sur le web voulaient laisser une descendance génétique ou tout simplement aider des femmes à réaliser leur projet familial. En fait, dans les deux groupes, le don était une source de fierté et procurait un sentiment d’accomplissement aux donneurs.

Ces résultats offrent des réponses à certaines préoccupations soulevées lors du dépôt en 2002 de la loi 84 qui permet la conception d’un bébé par don de gamète en contexte privé. En effet, certains auteurs craignaient alors qu’un donneur mal intentionné exige de l’argent pour renoncer à sa paternité. « Ce qu’on a exposé, c’est que c’était une fausse inquiétude, souligne Isabel Côté. Les hommes concernés ne souhaitent pas avoir une paternité, ils souhaitent aider les couples. » Une autre préoccupation soulevée était le fait que ces hommes étaient instrumentalisés. « Pourtant, ce n’est pas ça du tout, répond Isabel Côté. Pour ces hommes, faire un don a été quelque chose d’intéressant. Ils ont aidé un couple d’amies à qui ils sont attachés. Ces hommes ont des motivations intrinsèques pour participer à ce projet, qu’ils soient ou non en relation avec les mères au préalable. C’est l’élément essentiel à retenir. Ces hommes en tirent une valorisation certaine. Ils ne se sentent pas instrumentalisés. »

Une nouvelle façon de réfléchir à la famille

Tous les hommes interrogés croient qu’ils ont une responsabilité morale face à l’enfant à naître. L’étude révèle toutefois que le degré d’implication variera toutefois d’un homme à l’autre. À une extrémité du spectre se trouve le donneur-géniteur. Il ne fait pas partie de la vie de l’enfant, mais sera présent si celui-ci veut un jour connaître ses origines. Il y a ensuite le donneur-périphérique qui est dans la vie de l’enfant sans être socialement reconnu comme son père. C’est un homme attaché à l’enfant et qui adopte un rôle symbolique. Il sera donc présent dans un anniversaire ou une fête de Noël, par exemple. Enfin, les donneurs-pères sont socialement présentés comme le père de l’enfant même s’ils n’ont pas de responsabilités légales et qu’ils ne sont pas inscrits sur l’acte de naissance. Ils voient l’enfant régulièrement et peuvent même prendre des congés au travail pour rester avec lui s’il est malade.

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À propos de Kathleen Couillard

Kathleen Couillard est microbiologiste de formation. Elle a toutefois vite constaté que la communication lui procurait beaucoup plus de satisfaction que les pipettes et les éprouvettes. En tant que journaliste scientifique, elle s’intéresse maintenant à tout ce qui touche l’enfance et la famille. Elle collabore entre autres au site web et au magazine Naître et Grandir de même qu’à la revue Perspective infirmière et à l’Agence Science-Presse. Elle est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette qui s’intéresse à la science de la périnatalité.

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