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Juin
L’éducation sexuelle à l’ère d’internet
L’éducation sexuelle à l’ère d’internet

Cette chronique a été préparée pour Les Éclaireurs, émission de consommation et de santé à la Première Chaîne de Radio-Canada.

L’éducation sexuelle, ce n’est pas un sujet qu’on devrait aborder avec nos enfants au moment de l’apparition des premiers poils… C’est une discussion qui peut, et qui devrait, arriver quand l’enfant est jeune, avec des explications qui sont appropriés pour leur âge.

Avant, c’était simple. Nos parents commençaient l’histoire avec des oiseaux, et des abeilles… On poussait un soupir blasé en roulant de yeux parce qu’on avait déjà entendu tout ça dans la cour d’école… nos parents accéléraient un peu la discussion vers les sujets vraiment croustillants… et une fois le malaise passé… on retournait vers nos amis, des magazines et quelques adultes de confiance pour poursuivre notre apprentissage.

Maintenant, tout est disponible à tous, tout le temps… Y inclut la porno, quel que soit l’âge! Quelle est la place des parents pour faire l’éducation sexuelle des enfants, dans ce nouvel univers?

Au Canada, 15 % des jeunes de 13 à 17 ans disent visiter des sites pornographiques tous les jours. Un autre 15 % visite des sites pornos une fois par semaine. Donc, selon cette enquête d’HabiloMédia en 2013, c’est un ado canadien sur 3 qui visite de la pornographie sur internet au moins une fois par semaine. Le problème de la pornographie chez les mineurs, c’est que les jeunes tombent sur ces sites en cherchant de l’information, ce qui est tout à fait légitime!

Ce n’est pas du tout la réalité, et beaucoup de jeunes arrivent à l’âge adulte avec une fausse perception de la sexualité.

Il faut être prêts à bien s’outiller pour répondre aux questions des enfants et surtout pour aborder certains aspects de la sexualité, pour éviter qu’internet n’éduque nos enfants!

Et il ne faut peut-être pas attendre que l’école fasse le travail pour nous non plus. Parce que l’éducation sexuelle est présentement très inégale dans les écoles de la province, même dans chaque classe. Un projet pilote est en place actuellement dans 19 écoles cette année. Mais il faudra attendre encore quelques années pour qu’un réel cours d’éducation sexuelle soit de retour au programme du ministère de l’Éducation.

Le web et l’éducation sexuelle

Quand on tape « Comment parler d’éducation sexuelle » dans un moteur de recherche, les pages dédiés à ce sujet, même en français sont infinies! Il y a toutes sortes d’opinions, d’avis d’experts en tout genre. Difficile de s’y retrouver? Les livres de la sexologue Jocelyne Robert proposent de répondre aux questions des enfants avec un vocabulaire adapté.

D’ailleurs, très jeune, un enfant peut comprendre certaines notions de sexualité. Sans aller dans les détails mécaniques, on peut parler tout simplement de vocabulaire avec les enfants de la petite enfance. Appeler les organes génitaux par leur nom montre aux enfants qu’il n’y a pas de malaise à parler de ces parties du corps. C’est aussi une façon d’outiller les enfants s’ils ont à expliquer qu’une personne a touché un endroit de leur corps. Je lisais l’histoire d’une petite fille de 4 ans qui appelait sa vulve un biscuit. Le jour où un ami de la famille a aventuré sa main dans l’entrejambe de la fillette, elle disait « Il m’a touchée le biscuit ». Et personne ne comprenait la gravité de la chose… Parler des parties du corps est donc très important, dès que l’enfant apprend à parler.

Comment répondre aux questions?

Si la question nous prend par surprise, on peut tout simplement utiliser le miroir comme arme de défense… le temps de penser! Retourner la question vers l’enfant en lui demandant ce qu’il en pense, c’est s’acheter un peu de temps, mais aussi s’ouvrir à sa compréhension de l’enjeu qu’il aborde. Ainsi, on peut avoir une réponse plus adaptée en étant à l’écoute!

Développer la confiance de l’enfant, sur le fait qu’il peut tout dire à ses parents, c’est aussi une façon de les outiller à l’éducation sexuelle. D’ailleurs, les enfants peuvent être aussi gênés d’aborder la sexualité avec les parents… Ils peuvent vouloir se cacher sous le tapis, rouler les yeux, être dans le déni de devoir avoir cette discussion avec ses parents… Les enfants s’informent beaucoup par leurs amis. Ce qu’on leur dit risque donc de se retrouver dans les oreilles d’autres enfants! D’où l’importance d’être honnête. De répondre aux questions, sans aller trop explicitement dans les réponses. Et de dire la vérité.

À l’ère d’internet, où sont les limites?

Il y a de nombreux moteurs de recherche pour les enfants. Qwant Junior, par exemple, est un moteur de recherche français développé en 2013 pour les 6 à 13 ans. Il ne trace pas les utilisateurs, est sans publicité et respecte la vie privée des utilisateurs. La pornographie, la violence, le discours haineux sont filtrés pour ne pas se retrouver dans les résultats de recherche.

Il y a aussi plusieurs sections très pertinentes sur le site d’HabiloMédia, un organisme canadien qui travaille à l’éducation aux médias et à la littératie numérique. On retrouve une section sur la pornographie, les relations amoureuses sur internet, les sextos – textos qui parlent de sexe, et aussi l’exploitation sexuelle, comme la sextorsion. C’est tout un autre monde qui s’ouvre aux enfants lorsqu’ils naviguent sur internet et il faut le connaître un peu pour mieux guider nos enfants.

Que faut-il éviter?

Il y a de plus en plus de sites de rencontres pour les ados… Des petites annonces, des profils où on peut entrer en contact avec des jeunes de la même ville comme d’ailleurs. Mais le problème avec ces sites c’est qu’ils ne vérifient pas l’âge, ni l’identité des utilisateurs. Donc, votre jeune de 12 ans pense peut-être parler avec un jeune de son âge qui habite l’autre bout du monde, mais en réalité il discute peut-être avec un adulte à la recherche d’informations de toutes sortes. Ces sites, comme Nodaron, et ado-rencontre.net, doivent vraiment être connus des parents. D’autres sites qui permettent aux jeunes de poser des questions anonymement doivent aussi être connus des parents, comme Ask.fm et Yik Yak.

Avec nos yeux de parents, l’éducation sexuelle peut sembler bien complexe à expliquer aux enfants. Pourtant, il s’agit de bien comprendre leurs questions et aussi aborder l’aspect humain, émotionnel relié à l’éducation sexuelle. Le sexe n’est pas que mécanique de reproduction et maladies transmissibles sexuellement.

Connaissez-vous d’autres sources fiables pour parler d’éducation sexuelle? Quelles sont-elles?

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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