06
Nov
Illustration: Camille Lavoie
En mode lente
En mode lente

L’un des sujets qui me tiennent le plus à cœur, à titre de journaliste spécialisée en consommation, est celui de l’habillement. Pas que je sois mordue de la mode, mais parce que je n’aime pas ce qui se cache derrière cette industrie depuis l’arrivée de la fast fashion.

Le t-shirt qui se transforme en guenille après un lavage, la mode qui change aux mois plutôt qu’aux saisons. Les enfants et les adolescents sont de plus en plus ciblés par les marques. Les étiquettes made in Canada de plus en plus rares. Tout ça a des impacts environnementaux et socio-économiques qui me troublent profondément.

En quelques décennies, la mode rapide est devenue l’une des industries les plus polluantes au monde. La production d’un seul jeans nécessite entre 5 000 et 25 000 litres d’eau, 75 grammes de pesticides et 25 litres de pétrole, en plus de rejeter l’équivalent de deux kilos de CO2 dans l’atmosphère. Estimez maintenant l’impact de tous les vêtements dans votre garde-robe !

Nos vêtements contiennent aussi des substances nocives : arsenic dans le coton, plomb dans nos chaussures et composés perfluorés ou polyfluorés dans les articles de sports. Les vêtements pour enfants n’y échappent pas. Une analyse menée par Greenpeace sur des vêtements pour enfants a révélé que 61 % des vêtements testés contenaient des phtalates, des substances controversées en raison de leurs effets nocifs potentiels sur le système endocrinien, la fertilité, et potentiellement cancérigènes. Pas très rassurant !

Et que dire des droits de la personne ? Alors que l’industrie de l’habillement est évaluée à 3 000 milliards de dollars annuellement, des centaines de millions de travailleurs reçoivent un salaire qui les maintient dans la misère. On estime aussi qu’une grande partie des 170 millions d’enfants qui travaillent dans le monde sont exploités dans l’industrie textile ! Pendant ce temps, ici on ne compte plus les pertes d’emploi dans le domaine des vêtements et du textile et nos marques ont du mal à résister à l’assaut des multinationales.

Des améliorations significatives

Ces données n’ont rien de réjouissant à lire, mais elles ne doivent pas nous décourager. C’est en exposant les impacts négatifs de cette industrie qu’on la forcera à se transformer. Déjà, certaines grandes marques ont modifié leurs façons de faire, notamment en ce qui a trait au travail des enfants. Fait encourageant, l’Organisation internationale du travail estime que le travail des enfants a décliné de 30 % entre 2000 et 2012. Dans les dernières années, des multinationales du vêtement, dont Adidas et Levis, ont annoncé l’adoption de politiques pour réduire les rejets chimiques dangereux de leurs chaînes de production. De plus en plus de grandes marques, dont H&M et Zara, offrent désormais des vêtements en coton biologique, dont la culture est moins polluante.

Certaines compagnies, comme Patagonia, ont même comme mission de convaincre leurs clients d’acheter moins de vêtements. Les vêtements de seconde main sont devenus vintage et se portent désormais fièrement. Et nos irréductibles designers, artisans et entrepreneurs québécois trouvent des solutions pour nous proposer des vêtements bien conçus, à des prix compétitifs.

En 2016, les options plus écologiques, plus éthiques et locales existent. Les choisir a un impact positif. Sachant que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir nous vêtir de nos valeurs, on peut espérer que la mode changera, lentement.

Ce qu’on peut faire :

  • Acheter moins. Le geste qui a le plus d’impact positif pour notre budget et l’environnement. Personnellement, ma garde-robe est au régime depuis que j’ai fait l’expérience de porter une robe pendant un mois, en 2006. Et on ne se raconte pas d’histoire, les enfants n’ont pas vraiment besoin d’une garde-robe qui déborde. Ils grandissent bien trop vite !
  • Acheter de seconde main. Garnir sa garde-robe et celle des enfants en fréquentant les friperies, les bazars sur Facebook et les sites de revente, c’est possible ! Et pourquoi ne pas organiser des soupers pour troquer ses vêtements avec ses amis ?
  • Acheter local. Il existe de nombreuses marques de vêtements québécoises pour adultes et pour enfants. On encourage l’industrie québécoise et on a souvent des vêtements de bien meilleure qualité.

L’habit de neige pour enfant

C’est novembre, et si vous êtes comme moi, vous n’avez pas encore acheté l’habit de neige de votre enfant. Plusieurs compagnies québécoises comme Gusti, Nano, Jupa, Orage, Powder Room, Liquid, Chlorophylle, Noize font des habits de neige de qualité, conçus pour nos hivers rigoureux. Pour savoir quelles sont les caractéristiques à rechercher, je vous invite à visionner le reportage que j’ai fait pour l’émission de consommation Ça vaut le coût, à Télé-Québec.

À VOIR

Le documentaire The True Cost jette un regard troublant sur l’industrie du vêtement, ses conséquences pour l’environnement et les piètres conditions de travailleurs du textile à travers le monde. Le film est notamment disponible sur Netflix.

À propos de Eve Beaudin

Eve Beaudin est journaliste depuis près de quinze ans et mère d’un presque ado. À la télé, comme à la radio et à l’écrit, son but est d'informer ceux qui veulent faire des choix éclairés, économiques et responsables. À la fois ludique et pragmatique, elle a aussi un côté « casseur de pub » qui aime départager le vrai du faux. De l’alimentation à l’habitation, en passant par les astuces écologiques, la dé-consommation et les trucs pour économiser du temps, tout ce qui touche de près la vie des gens, participe à leur santé et à celle de la planète l’intéresse. Actuellement, on peut la voir à l’émission de consommation Ça vaut le coût diffusée sur les ondes de Télé-Québec et l’entendre à ICI Radio-Canada Première. C’est avec grand plaisir qu’elle se joint à la grande famille du magazine Planète F !

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