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Fév
Crédit Camille Lavoie
Enseignement des sciences : venir à bout des stéréotypes
Enseignement des sciences : venir à bout des stéréotypes

Même en 2017, les femmes sont toujours minoritaires en science, en technologie, en ingénierie et en mathématiques. Est-ce que le manque de modèles féminin dans le matériel éducatif destiné aux enfants pourrait y être pour quelque chose ?

Plusieurs études ont démontré que les jeunes filles ont souvent moins d’intérêt pour les sciences que les garçons. Selon une équipe de recherche des Pays-Bas dirigée par Frans Rodenburg, ce phénomène s’expliquerait par le fait qu’il existe encore beaucoup de stéréotypes dans l’enseignement des sciences. Frans Rodenburg a donc voulu en savoir plus sur la façon dont on présente les scientifiques dans les ressources éducatives disponibles en ligne.

Les chercheurs néerlandais ont analysé les images se retrouvant sur deux sites offrant ce genre de ressources : Scientix et OERcommons. Ils ont ainsi constaté que les professions scientifiques étaient plus souvent représentées par des hommes. Au contraire, les professions associées à l’enseignement étaient plus souvent illustrées par des femmes. Ce biais n’était toutefois pas présent quand venait le temps de montrer des enfants, fille ou des garçons, dans des activités scientifiques.

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Le fait de ne pas montrer de femmes dans des professions scientifiques est préoccupant selon Valérie Bilodeau, directrice des Scientifines. Cet organisme à but non lucratif a pour mission de promouvoir les sciences et la technologie auprès des jeunes filles. « Si on voit seulement des fillettes qui font de la science et pas de femmes adultes, la science pourrait être perçue comme un passe-temps, mais pas comme une carrière qui pourrait être poussée plus loin, souligne-t-elle. De façon inconsciente, les enfants se projettent dans l’avenir en fonction des modèles qui leur sont présentés. » En d’autres mots, si une fillette n’a jamais vu de femmes en science, il est difficile pour elle de s’imaginer dans une profession scientifique.

Des modèles bien réels

Les Scientifines se font d’ailleurs une priorité d’exposer les jeunes filles à des modèles féminins travaillant en science. « Chaque année, nous avons comme objectif de recevoir au moins sept conférencières, explique Valérie Bilodeau. Parfois, nous allons jusqu’à une douzaine. Ce sont toutes des femmes qui travaillent ou qui étudient en science, mais dans des domaines très variés. » Les Scientifines espèrent briser ainsi le mythe du scientifique qui est un homme blanc vivant comme un ermite dans son laboratoire avec un sarrau sur le dos. « Par exemple, nous avons déjà reçu une apicultrice qui est venue parler de l’élevage des reines. C’est un domaine assez pointu et pourtant, plusieurs filles étaient fascinées ». Selon Frans Rodenburg, en étant exposées autant à des femmes qu’à des hommes en sciences, les jeunes filles réalisent que le milieu scientifique est aussi pour elles.

En 2013, dans le monde entier, seulement environ 28 % des personnes travaillant en science, en technologie, en ingénierie ou en mathématiques étaient des femmes. Cela ne signifie pas pour autant qu’il est impossible de trouver des modèles féminins. « Nous avons des contacts avec Poly-φ, le comité des femmes ingénieures de l’École Polytechnique et avec Les INGénieuses de l’École de technologie supérieure, mentionne Valérie Bilodeau. Nous profitons aussi du bouche-à-oreille. Si nous connaissons quelqu’un dans un domaine où il y a un peu moins de femmes, comme en astrophysique, nous lui demandons. Nous avons développé un bon réseau au fil des ans. »

À lire aussi: La genèse des stéréotypes

Rendre la science accessible à toutes

Selon Frans Rodenburg, d’autres facteurs peuvent miner l’intérêt des jeunes filles pour la science. Par exemple, l’attitude de certains professeurs peut renforcer les stéréotypes. « Parfois, les enseignants peuvent dire de petites phrases qui nuisent, confirme Valérie Bilodeau. Je trouve qu’on entend encore beaucoup de gens affirmer que les filles sont moins bonnes en maths et qu’elles sont plus fortes en langues. Cela me choque. Comment peut-on dire cela ? Pourquoi ne pas dire aux filles “Tu as de la difficulté avec tes tables ? Attends, je vais te montrer des trucs.” »

La façon d’enseigner les sciences peut aussi influencer l’intérêt des jeunes filles. « Par exemple, il faut penser à des situations d’apprentissage pour que les jeunes puissent comprendre à quoi servent les mathématiques, propose Valérie Bilodeau. Avec des situations qui sont campées dans la réalité, les jeunes sont plus motivées. »

En travaillant sur plusieurs fronts, il sera possible d’augmenter la présence féminine dans les milieux scientifiques. Cependant, au-delà de cet objectif, un enseignement dépourvu de préjugés serait bénéfique pour les jeunes filles elles-mêmes. « Nous ne prétendons pas que toutes les filles qui passent chez les Scientifines deviendront des scientifiques, admet Valérie Bilodeau. Toutefois, qu’elles aient déjà une culture scientifique, c’est important. C’est aussi cela que nous défendons. »

À lire aussi: Le rôle des parents dans les stéréotypes de genre

Pour en savoir plus

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À propos de Kathleen Couillard

Kathleen Couillard est microbiologiste de formation. Elle a toutefois vite constaté que la communication lui procurait beaucoup plus de satisfaction que les pipettes et les éprouvettes. En tant que journaliste scientifique, elle s’intéresse maintenant à tout ce qui touche l’enfance et la famille. Elle collabore entre autres au site web et au magazine Naître et Grandir de même qu’à la revue Perspective infirmière et à l’Agence Science-Presse. Elle est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette qui s’intéresse à la science de la périnatalité.

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