21
Avr
Crédit Camille Lavoie
Famille compte triple – L’annonce
Famille compte triple – L’annonce

Je n’entendais plus rien. Je sentais mes mains devenir moites. Je sentais mon cœur battre jusque dans mes oreilles. Je passais et repassais ma main sur mon front, sur mes joues, dans mes cheveux. Comme pour toucher à quelque chose de réel. Parce que la réalité telle que je la connaissais venait de me quitter. Je restais seule dans la petite pièce sombre. Seule avec la grosse machine qui contenait mon secret. Seule mais plus tout à fait…

Nous étions quatre.

- partenaire -

C’est l’écran noir et blanc qui venait de me révéler ce que j’avais dans le ventre.

La porte venait de se refermer. La technicienne était partie chercher le médecin. C’est dans ces moments-là qu’on aimerait avoir une prière à réciter ou un chapelet à égrener. Comme pour mettre de l’ordre dans le chaos d’une inconcevable nouvelle. Comment était-ce possible? Quelle faute avais-je commise? On m’avait pourtant assurée que je n’avais que 0,5% de chances d’avoir une grossesse multiple. Comment les rassurants 99,5% avaient-ils pu m’échapper? Qu’importe. Maintenant, ils étaient trois. Indigestion de chiffres.

La gynécologue est venue interrompre mon vortex intérieur. Elle a refait l’échographie. C’était bien cela. Ils venaient tous de l’ovaire droit. Mais il était encore tôt dans la grossesse et selon elle, un embryon pouvait mourir ou s’avérer malformé, ce qui faciliterait la tâche pour en enlever un. Et moi de retourner à mon tsunami mental. Ses lèvres continuaient d’énumérer les façons de réduire le nombre d’embryons, mais je n’entendais plus. Je menais un dur combat pour préserver ma lucidité. Et je perdais. J’avais chaud, je transpirais. Je voulais composer le numéro du papa mais les chiffres, désormais traîtres, se mêlaient dans ma tête.

« Revenez dans deux semaines et on verra s’ils sont toujours là. Bonne journée, madame. » Il était devenu clair que je n’étais plus dans le monde sensoriel que j’avais déjà connu. Je ne pouvais même plus faire confiance au plancher. Il fallait que je marche au plus vite pour ne pas m’enfoncer dans le sable mouvant des tuiles de la clinique. Ce jour-là, j’étais venue seule. Je voulais simplement faire une échographie pour confirmer ce que mon petit bâtonnet m’avait déjà annoncé. Je suis repartie nombreuse.  Nous étions quatre. Je n’arrivais pas à rejoindre le papa qui ne pouvait répondre à son téléphone cet après-midi là. Et la réceptionniste qui se réjouissait d’avoir affaire à son premier « cas » de triplés.

« Bonne journée, madame »

 

Pour lire la suite: Pluie, poulet, et tous les possibles

 

 

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À propos de Catherine Mathys

Catherine Mathys est journaliste indépendante, animatrice, conceptrice, chroniqueure et reporter depuis plus d’une dizaine d’années. En 2010, elle se distingue aux Grands Prix du journalisme indépendant dans la catégorie reportage audio/vidéo. Quand elle n’est pas en congé de maternité, on la retrouve à La Sphère à la première chaîne de Radio-Canada. Mère de triplés, elle signe la chronique Famille Compte Triple où l’on suit les joies et tribulations de son charmant trio.

Commentaires

  1. Sara Houle

    Tellement bien écrit! Mais est-ce que je peux demander… Pourquoi "énumérer les façons de réduire le nombre d’embryons"? Je veux dire… Je sais que c'est beaucoup, que c'est une tâche incroyable, et que je ne peux même pas m'imaginer comment vous avez dû ramer fort pour vous occuper de vos triplets… Mais pourquoi ils voulaient réduire le nombre d'embryons? J'imagine qu'on va le savoir plus tard…

  2. Francine Daneau

    Je pleure……..

    Bonne fête des mères Catherine XXXXX

  3. Marie Claude tremblay

    Hâte de lire la suite!

  4. Laetitia

    Je me retrouve un peu quand d’un oeuf possiblement clair et donc fausse couche en vue, à une écho de contrôle la doc m’a dit: »y en a deux ma chouette »
    Je suis passée par un véritable tsunami d’émotions…. Je venais tout juste d’arrêter d’allaiter mon ti homme de 23 mois….
    Quelle tourbillon dans ma tête et aujourd’hui c’est du pur bonheur, de la fatigue certes avec 3 ti hommes de 6 ans et de 3 ans et demi, du bonheur, du vrai.
    J’ai hâte de lire ton prochain post…
    Laetitia

  5. Karine Goedike

    Palpitant, on en veut plus!

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