09
Mai
Crédit Camille Lavoie
Famille compte triple – Pluie, poulet et tous les possibles
Famille compte triple – Pluie, poulet et tous les possibles

Pour lire la chronique précédente: L’annonce

Je restais assise dans ma voiture. Sonnée, confuse, désorientée. Une heure dans le stationnement à regarder les voitures circuler, à voir les feux de circulation changer de couleur, à ne plus comprendre les conventions que chacun s’évertuait à respecter. Et comme dans le poème de Verlaine, il pleuvait. Sur mes joues, sur ma ville. De la pluie en février. Même la saison cherchait ses repères.

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Une heure interminable à recomposer le numéro du papa. Dix-sept appels en absence. Il répond enfin. Je ne sais pas quelle nouvelle lui annoncer en premier. Laquelle est la pire, laquelle est la meilleure. « C’est officiel, je suis enceinte. Mais ils sont trois. Et les médecins préfèreraient qu’ils soient deux. » Stupéfaction puis désarroi. C’est comme ça que sa journée de travail venait de se terminer. Vite de l’air. Vite une solution. Les cinq minutes de Bixi pour se rendre à la maison n’ont pas suffi à la trouver.

Arrivée peu avant lui, j’étais assise sur le canapé. Il est venu me rejoindre. Nous sommes restés de longues minutes dans les bras l’un de l’autre. Parce qu’il n’y avait rien à faire. Parce qu’il n’y avait rien à dire. Je tentais de résumer les propos diffus du médecin. Trouble. Désordre. Amnésie. Et si tout ça n’était pas vraiment arrivé? Et si la réalité n’avait pas changé, finalement? « Et si on se commandait du poulet portugais? » Je ne connaissais pas un problème que le poulet portugais ne pouvait pas solutionner.

Les doigts huileux, quelques gorgées de Sumol et l’air était moins lourd. Mais nous le savions toujours. Ce matin-là, nous avions déjeuné à deux. Quelques heures plus tard, nous étions cinq pour souper. Mais ça ne paraissait pas. Famille nombreuse invisible. Deux longues semaines à attendre la prochaine échographie, à se demander quelle malformation je pouvais bien générer dans mon ventre. Allaient-ils survivre deux semaines de plus? Trois embryons, deux ans à les concevoir, un de trop. Mais selon qui?

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À propos de Catherine Mathys

Catherine Mathys est journaliste indépendante, animatrice, conceptrice, chroniqueure et reporter depuis plus d’une dizaine d’années. En 2010, elle se distingue aux Grands Prix du journalisme indépendant dans la catégorie reportage audio/vidéo. Quand elle n’est pas en congé de maternité, on la retrouve à La Sphère à la première chaîne de Radio-Canada. Mère de triplés, elle signe la chronique Famille Compte Triple où l’on suit les joies et tribulations de son charmant trio.

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