07
Fév
Non, les multivitamines ne sont pas une dépense inutile!
Non, les multivitamines ne sont pas une dépense inutile!

Une de nos lectrices a porté à notre attention un article qui circule abondamment en anglais et qui propage l’idée que l’achat de multivitamines pour femmes enceintes serait une dépense inutile.

Cette information est-elle juste? Nous l’avons soumise à la journaliste scientifique Eve Beaudin, alias Détecteur de Rumeurs à l’Agence Science Presse.

L’information qui circule, décortiquée

C’est un article scientifique publié en 2016 dans la revue médicale britannique BMJ qui a lancé le bal. Les auteurs de cette étude affirment que l’achat de multivitamines pour femmes enceintes représente une dépense superflue, puisque les seules vitamines essentielles à la grossesse sont l’acide folique et la vitamine D. Ils recommandent donc aux femmes en âge de procréer de miser sur une alimentation équilibrée et d’opter pour des comprimés individuels d’acide folique et de vitamine D « qui leur coûteront moins cher que les multivitamines ».

- partenaire -

Depuis sa parution, l’étude a fait couler beaucoup d’encre du côté anglophone, tant en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis. Qu’en disent les experts et ces recommandations s’appliquent-elles à la réalité québécoise?

L’avis de deux expertes

Une alimentation saine avant, pendant et après la grossesse est évidemment la meilleure source de vitamines et de nutriments. Toutefois, même en ayant de saines habitudes alimentaires, il est difficile de subvenir aux besoins nutritionnels accrus durant cette période. Or, certaines vitamines et certains nutriments sont essentiels à la santé de la mère et du bébé. C’est le cas de l’acide folique et la vitamine D.

« Je suis d’accord avec les auteurs de l’étude britannique : des suppléments d’acide folique et de vitamine D sont essentiels, puisqu’on sait que l’alimentation répond rarement aux besoins des femmes enceintes », explique la nutritionniste Stéphanie Côté. Une carence en acide folique peut causer un retard de croissance, une malformation congénitale ou une anomalie du tube neural, comme le spina-bifida. Puisque les impacts d’un manque en acide folique ont lieu durant les premières semaines de la grossesse, on conseille même aux femmes de prendre des suppléments de 0,4 mg d’acide folique par jour avant de tomber enceintes.

« Pour ce qui est de la vitamine D — la vitamine soleil — si on habite en Angleterre ou au Québec, il y a très fortes chances pour qu’on n’en produise pas assez. Cette vitamine prévient certains troubles liés à la croissance et l’ossification chez la mère et le nouveau-né, comme l’hypocalcémie et le rachitisme. On recommande donc aux femmes de prendre un supplément de 400 UI par jour », rappelle la nutritionniste qui travaille chez Extenso, le Centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal.  


À lire aussi : Les régimes alimentaires alternatifs


Avantages des multivitamines

Bien entendu, on peut prendre des comprimés individuels d’acide folique et de vitamine D comme le recommandent les auteurs de l’étude britannique, mais plusieurs femmes préfèrent prendre un seul comprimé, souligne Mme Côté qui est aussi auteure du livre Grossesse – 21 jours de menus. La nutritionniste Catherine Labelle est du même avis. « Les femmes trouvent que c’est plus pratique de prendre un seul comprimé qui remplit tous leurs besoins. De plus, comme les vitamines et nutriments qu’on retrouve dans les multivitamines sont dosés en fonction de leurs besoins, on ne peut pas dépasser la dose journalière recommandée. Plus de vitamines, ce n’est pas nécessairement mieux », rappelle Mme Labelle qui prodigue des conseils de nutrition à des femmes enceintes au Dispensaire de Montréal.

Catherine Labelle voit un autre avantage aux multivitamines : elles contiennent au moins deux autres nutriments importants pour la prévention de maladies chez les femmes enceintes, soit le calcium et le fer. Le calcium en quantité suffisante prévient la pré-éclampsie et l’éclampsie, dont les conséquences peuvent être graves pour l’enfant. On recommande environ 1000 mg par jour de calcium pour les femmes enceintes.

Pour ce qui est du fer, la dose journalière devrait être de 27 mg par jour pour diminuer le risque d’accouchement prématuré, de bébé de faible poids à la naissance ou de mortalité précoce.

« C’est une quantité de fer pratiquement impossible à consommer via l’alimentation. La multivitamine demeure la façon la plus facile de combler ces besoins ».

– Catherine Labelle, nutritionniste

Mme Labelle ajoute que les multivitamines contiennent aussi d’autres micronutriments essentiels aux femmes ayant un régime alimentaire particulier « comme la vitamine B12, un supplément important pour les végétaliennes ».

La nutritionniste, dont la clientèle est défavorisée, souligne que ce sont les femmes vivant dans l’insécurité alimentaire qui ont plus à gagner à prendre des multivitamines pour femmes enceintes. « Au Dispensaire, nous faisons la promotion d’une alimentation variée et équilibrée pendant la grossesse, mais pour les femmes qui sont en situation précaire, c’est parfois très difficile de bien s’alimenter. La multivitamine devient alors un filet de sécurité. »


À lire aussi : Aller à la banque (alimentaire)


Pour ce qui est de l’argument financier avancé par les auteurs de l’étude britannique, elle estime qu’il ne tient pas la route au Québec. « L’étude anglaise stipule que les multivitamines coûtent 15 livres sterling par mois (l’équivalent de 26 dollars canadiens). Ici, les marques populaires coûtent environ 5 à 6 $ par mois et les génériques de 2 à 3 $ par mois », indique Mme Labelle. Calcul fait, les multivitamines sont donc moins chères que les suppléments individuels. « Je pense que le rapport coûts-bénéfices des multivitamines est très bon », conclut-elle.

Également sur Planète F
Les parents jusqu’au bout célèbrent Samedi soir, au centre communautaire de Saint-Lazare, l'organisation Parents jusqu'au bout célébraient la victoire. En juin dernier, le gouvernement a...
Mère au foyer, le difficile retour au travail Mère au foyer, le plus beau métier du monde? Peut-être… Mais lorsqu’il s’agit de retourner sur le marché du travail, plusieurs se heurtent à bien des ...
Mon lait n’est pas une marque de yogourt Comment doit-on parler d’allaitement? C’est la question qui traverse chacune des contributions d’un tout nouvel ouvrage collectif sur la promotion de ...
D’amour et de superhéros Parce que nos garçons ont le droit inaliénable de grandir en rêvant de superhéros tout en étant gentils et doux, et que ces qualités soient célébrées ...
Mortalité infantile : le poids la mère dans la balance Selon une étude publiée dans le British Medical Journal, le risque de mortalité infantile augmente parmi les femmes qui sont obèses avant et pendant l...
Remplacer les vaccins par du lait maternel ? Est-ce que l’allaitement peut remplacer les vaccins ? C’est bien ce que sous-entendent certains médias français. Pourtant, même si l’allaitement demeu...

À propos de Eve Beaudin

Eve Beaudin est journaliste depuis près de quinze ans et mère d’un presque ado. À la télé, comme à la radio et à l’écrit, son but est d'informer ceux qui veulent faire des choix éclairés, économiques et responsables. À la fois ludique et pragmatique, elle a aussi un côté « casseur de pub » qui aime départager le vrai du faux. De l’alimentation à l’habitation, en passant par les astuces écologiques, la dé-consommation et les trucs pour économiser du temps, tout ce qui touche de près la vie des gens, participe à leur santé et à celle de la planète l’intéresse. Actuellement, on peut la voir à l’émission de consommation Ça vaut le coût diffusée sur les ondes de Télé-Québec et l’entendre à ICI Radio-Canada Première. C’est avec grand plaisir qu’elle se joint à la grande famille du magazine Planète F !

Commentaires

Laisser un commentaire