10
Nov
Crédit Camille Lavoie
Famille compte triple – Le grand éloignement
Famille compte triple – Le grand éloignement

Pour lire la chronique précédente de Famille compte triple: La solitude de la différence

Je restais assise là, silencieuse, dans cette maison étrangère. Je ne reconnaissais rien. Catapultée dans une autre vie. Je regardais par la fenêtre. Les arbres, les oiseaux, les pelouses des voisins, tout était en ordre. Rien ne m’était familier. C’était le point de chute d’un mois de tornade. Nous avions tourbillonné jusqu’en banlieue. Vendue, notre chère maison au centre-ville; déménagés, tous ces objets d’une autre époque. Trois visites, un contrat signé, une vie à inventer pour une famille que je ne connaissais pas.

Les déménageurs avaient engouffré une à une dans le camion les boîtes de notre vie à deux. La maison, comme ma tête, s’était vidée. Cette maison où nous avions tant rêvé de voir les premiers pas d’un enfant. Quitter le quartier, quitter les voisins, quitter le petit café du coin, quitter la marche de santé pour se rendre au travail. Le grand éloignement arrivait vite. Trop vite. Mais nous n’avions pas une seule seconde à perdre. Je pouvais être alitée à tout moment. Maternité précipitée, déménagement précipité, famille nombreuse précipitée.

Se retrouver seuls, une dernière fois, dans notre chère maison du centre-ville. « Je n’ai pas envie de partir. Je n’ai pas envie de vivre tout ce qui s’en vient, » ai-je murmuré au père, en regrettant les mots au fur et à mesure. Mais je savais ce qui m’attendait. Et j’aurais tant souhaité, ne serait-ce qu’un instant, faire reculer le mur de la vague qui allait s’abattre sur nous. Je savais qu’on allait manquer d’air et battre frénétiquement des bras pour retrouver la surface, je savais qu’on allait nager à contre-courant en fixant l’horizon pour se convaincre que le calme existait ailleurs. Je savais. Nous savions.

Alors voilà que je me retrouvais dans une ville inconnue, dans une maison inconnue, avec des arbres, des oiseaux et une pelouse inconnue. Et nous qui n’avions pas de tondeuse. Il allait falloir dompter cette masse verte et se soumettre au dictat du voisinage. Je ne voyais que trois ou quatre maisons d’où j’étais assise. Je ne pouvais plus marcher comme avant. Mon ventre était devenu trop gros, trop lourd. J’avais acheté une maison sur une rue dont je ne pouvais pas voir l’autre bout.

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À propos de Catherine Mathys

Catherine Mathys est journaliste indépendante, animatrice, conceptrice, chroniqueure et reporter depuis plus d’une dizaine d’années. En 2010, elle se distingue aux Grands Prix du journalisme indépendant dans la catégorie reportage audio/vidéo. Quand elle n’est pas en congé de maternité, on la retrouve à La Sphère à la première chaîne de Radio-Canada. Mère de triplés, elle signe la chronique Famille Compte Triple où l’on suit les joies et tribulations de son charmant trio.

Commentaires

  1. Sara Houle

    Oufff! Je crois que plusieurs mères et futures mères ont vécu ce moment où on voudrait reculer le temps pendant la grossesse, où on doute et on se questionne sans fin. Mais pour des triplés??? OMG ça doit être intense!

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