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Juin
In Vitro, la procréation assistée au théâtre
In Vitro, la procréation assistée au théâtre

Cela fait maintenant 8 ans que Véronick Raymond souhaite avoir un enfant. Après 45 000 $ d’investissement, 6 inséminations, une fausse couche, 6 fécondations in vitro et 358 injections, elle n’a toujours pas de bébé.

La pièce de théâtre In Vitro (ou comment ne pas faire de bébé) nous plonge dans l’univers de la procréation médicalement assistée. L’auteure, la metteure en scène et actrice de la pièce raconte avec brio son histoire personnelle.

Même si elle se réfère à son texte imprimé, elle tient en haleine les spectateurs du début à la fin des 90 minutes. La pièce est une version écourtée pour le festival Fringe. Selon la créatrice, cette pièce est « un stade embryonnaire », parce que Véronick Raymond n’a pas complété son processus de procréation assistée.

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Un problème de santé publique

Le texte, forgé par ses expériences, est soutenu d’une énorme recherche scientifique, de chiffres et d’études. « Je fais de la validation scientifique, j’ai suivi un cours d’embryologie, j’ai vraiment travaillé fort pour être certaine que jamais on ne puisse me coincer. »

Le taux d’infertilité est passé de 1 couple sur 12 à 1 couple sur 6 en 30 ans. Si la tendance se maintient, ce sera un couple sur trois qui sera infertile en 2045. Les causes ne sont pas connues, mais plusieurs hypothèses circulent. « Il y l’augmentation de l’obésité, les perturbateurs endocriniens (shampoing, vernis à ongles, pesticides), la pollution… mais il y a beaucoup de choses qu’on ne sait pas. Par exemple, 50% des cas d’infertilité masculine sont inexpliqués », rappelle Véronick Raymond.

L’actrice tient à dire que ce n’est pas un combat que de femmes. Beaucoup d’hommes souffrent de la baisse de fertilité et du tabou qui l’entoure.  « Il y a des couples qui se défont, des gens qui font des dépressions : ce n’est pas un enjeu léger et ce n’est pas une affaire de caprice de bonne femme », dit-elle.

La naissance d’In vitro

L’idée du projet théâtral n’a pas germé dans l’esprit de Véronick Raymond au début de son processus d’insémination. C’est plutôt lorsqu’elle a commencé la fécondation in vitro. « À ma première fécondation in vitro j’ai pris 5-6 photos, à la deuxième je me suis filmé. À partir de la quatrième j’ai ramassé beaucoup de mes [contenants médicaux]. »

Lorsque le public entre dans la salle, des vidéos de Véronick Raymond à la clinique de fertilité sont projetés. Durant la pièce elle-même, peu de films ou de vidéos sont présentés et il aurait été intéressant d’en voir davantage. Malgré cela, la pièce a un très bon rythme grâce à la prestation de l’actrice.

La pièce de théâtre est ponctuée de segments poignants et imagés. Elle explique par exemple qu’une femme naît avec sa réserve complète d’ovules pour sa vie. Si elle tombe enceinte d’une fille, elle réfléchit aux trois générations réunies dans son ventre. Elle, sa fille à naître et ses ovules qui lui permettront à son tour d’enfanter.

Désinvestissement

En 2015, le gouvernement libéral du Québec a voté pour la loi 20. Pendant le débat sur ce projet de loi, Véronick Raymond était en plein processus de procréation. À 42 ans, elle était directement visée par le projet de loi. Elle a échappée à l’exclusion du programme, mais n’a maintenant plus droit aux crédits d’impôts.

« Je ne milite pas pour qu’on ramène le système comme il était parce que c’était un système qui avait ni queue ni tête », affirme Véronick Raymond. C’était un programme standard pour toutes les femmes, peu importe leur situation. « Ce sont des priorités déterminées par des hommes », dénonce-t-elle. « Des priorités qui ont l’air d’avoir été déterminées autour d’un scotch en 45 secondes. » Les spécialistes devraient être ceux qui pensent à ces programmes, dit-elle.

La pièce de théâtre in vitro raconte comment les méthodes utilisées dans les cliniques de fertilité québécoise sont désuètes. D’autres méthodes plus efficaces existent, mais ne sont pas proposées aux patientes. Véronick Raymond a elle-même dû faire des recherches pour découvrir ces alternatives et les revendiquer. Par exemple, les analyses de ses embryons pour savoir s’ils sont viables.

Pro-choix

L’actrice revendique que les femmes prennent le contrôle de leur fertilité. Des mouvements féministes ont lutter pour le contrôle de la contraception. Maintenant il est temps de lutter pour notre fertilité qui est au cœur du tissu social, selon elle. Les femmes ont le droit d’avoir (ou non) un enfant à l’âge et au moment désiré, sans être jugées trop jeunes, trop vieilles, etc.

L’auteure a mis l’effort pour obtenir l’information qui n’est pas donnée aux femmes. « Bien qu’on ne soit pas des spécialistes médicaux, toutes les femmes sont à même de prendre des décisions pour leur corps. »

Son discours démontre aussi sa grande ouverture aux différents modèles familiaux et parcours de vie. Les couples homosexuels, hétérosexuels, les mères célibataires : tous ont le droit à la fertilité, dit-elle. Elle dénonce aussi la culpabilisation que la société inculque aux femmes sans enfant. « On ne fait pas ça aux hommes, on a tous les deux le potentiel de procréer, on est pas moins une femme si on a pas de bébé. »

La première version de la pièce In Vitro est présentée au festival Fringe du 9 au 18 juin. Véronick Raymond espère qu’une version plus élaborée de cette pièce sera présentée dans une salle de théâtre. « Je pense que c’est un débat qui est à faire au Québec, si je peux y contribuer grâce au théâtre je vais être vraiment contente parce que c’est ma forme d’art privilégié, mais l’important c’est que le débat se fasse. »

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