15
Déc
Jouets stéréotypés : un appel à la surconsommation
Jouets stéréotypés : un appel à la surconsommation

Cette chronique a été préparée pour Les Éclaireurs, émission de consommation et de santé à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Dans les prochaines semaines, nous serons nombreux dans les magasins à tenter de trouver des cadeaux pour les enfants de notre entourage : les nôtres, neveux, nièces, les petits-enfants… Difficile d’échapper à cette course folle de la consommation pour gâter les enfants à Noël! On veut tous leur faire plaisir… mais tous les jouets ne se valent pas. Sommes-nous conscients que nos choix de cadeaux peuvent avoir un impact sur leur développement global, sur le développement de leurs intérêts?

Il suffit d’aller dans un seul magasin grande surface pour constater un marketing stéréotypé garçon et fille. On le voit tout d’abord par la couleur des allées : rose d’un côté, et bleu principalement (avec des accents de vert et de rouge) de l’autre.

Et ça devient un casse-tête pour beaucoup de parents qui souhaitent offrir des cadeaux durables aux enfants! Je suis mère de deux enfants, une fille et un garçon. J’espère que quand j’achète un jouet à ma fille, mon garçon y trouvera aussi un intérêt. D’ailleurs, mon garçon joue allègrement avec une balayeuse rose, et ma fille avec des voitures de superhéros. La couleur, on peut toujours vivre avec… Même si la couleur a aussi des conséquences sur les comportements des enfants.

Mais ce n’est pas seulement avec les couleurs qu’on constate ce marketing de jouets stéréotypés. On le voit aussi dans le type de jouets présentés. Dans l’allée des garçons, beaucoup de jeux de découvertes, d’aventure, de construction. Chez les fillettes, on prend soin des animaux, des bébés, on se maquille et on fabrique des bijoux. J’exagère à peine!

Des stéréotypes qui ont un impact

Le premier contact de socialisation de l’enfant passe par le jeu. Donc l’enfant apprend la place qu’il peut prendre dans son monde à travers les jouets. C’est ce qu’explique un document du Secrétariat de la condition féminine publié en 2013, Les jouets et les livres ont-ils un sexe?.

Une petite fille qui reçoit uniquement des poupées, des peluches à câliner aura nécessairement une tendance à prendre soin des autres plutôt que de créer, grimper ou construire. Jouer avec des poupées c’est bien, si on propose aussi d’autres choses pour développer des intérêts diversifiés.

Et c’est aussi important chez les garçons! Les voitures, les jeux d’épées, c’est bien. Mais jouer à la poupée développe l’empathie et l’ouverture vers l’autre.

Des études démontrent aussi que les petites filles qui jouent avec des poupées avec un physique impossible, comme les Barbie, Bratz et Monster High par exemple, ont une moins bonne opinion de leur physique. Et même, quand on présente différentes poupées à des fillettes de 3 à 5 ans, elles donnent les défauts aux poupées qui sont grosses et les qualités aux poupées minces.

Chez les garçons, on remarque que les jeux et jouets proposés peuvent avoir un impact sur l’agressivité, et même la violence des comportements.

Des jouets qui construisent des comportements stéréotypés

Chez les filles, les jeux de rôles de princesses, de poupées et de déguisement proposent souvent des modèles hypersexualisés, insistant sur le paraître. À long terme, les petites filles peuvent vivre très jeunes une insatisfaction de leur image corporelle, une pression à entrer dans un moule de beauté qui n’est pas toujours réaliste.

Et les modèles de jeux pour garçons démontrent qu’ils doivent être dominants, virils, des super-héros. Ces comportements peuvent amener les garçons à prendre des risques pour leur sécurité. Mais c’est aussi le rejet des jeux affectifs, comme les poupées ou prendre soin d’un animal.

Il est mal vu qu’un garçon s’intéresse à une poupée, ou même à un jouet rose… Mais de quoi on a peur? Qu’il aime le rose ou le mauve? Qu’il s’intéresse aux autres, qu’il veuille prendre soin des autres?

Pas banals, les stéréotypes de genre

Ces modèles de la petite fille qui prend soin de sa poupée et du garçon super-héros peuvent avoir des répercussions sur la motivation et la réussite scolaire! Plus on remarque des stéréotypes forts chez les garçons autant que chez les filles, plus on remarque une performance scolaire qui décline…

Évidemment, non seulement ça influence la réussite scolaire, mais ça influence aussi la possibilité des choix de carrière plus tard. Depuis 10 ans, on constate que de moins en moins d’hommes s’intéressent aux professions dans le domaine de la santé ou de l’éducation.

On pourrait aussi parler des conséquences à plus long terme comme dans les tâches ménagères et l’égalité dans le couple

Une mobilisation contre les jouets stéréotypés

De plus en plus de parents, de consommateurs dénoncent les jouets stéréotypés.

Aux Etats-Unis, Target a dû retirer les fonds d’étalage bleus et roses après une pression notamment sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, dernièrement, on a pu voir dans le catalogue de Noël une jeune fille avec un handicap physique poser dans un costume de la Reine des Neiges. Cette initiative a été saluée pour une meilleure diversité dans les catalogues de jouets.

Au printemps, le géant Amazon a aussi retiré la catégorisation garçons et filles de sa section jouets aux États-Unis.

L’an dernier, il y a eu aussi Barbie qui a été pris à parti par des parents et des militants pour l’égalité… Barbie a voulu bien faire en offrant des jeux sur son site avec une ingénieure en informatique… qui avouait ne faire que le design des jeux et a besoin de ses amis garçons pour mettre le jeu en action… Une risée sur le web, particulièrement sur les réseaux sociaux. Mattel a retiré le jeu et s’est excusé publiquement.

En 2013, LEGO a ouvert la voie avec une figurine femme d’une scientifique dans un laboratoire. En juin 2015, la compagnie a mis sur le marché de nombreux personnages de femmes scientifiques : astronaute, ingénieure en aérospacial, exploratrice des fonds marins, et la fameuse vétérinaire noire de Disney Docteur Peluche en Duplo, les LEGO pour les plus jeunes.

C’était aussi après à la mise en marché de la collection Friends plus genrée avec animalerie, épicerie, et centre d’achats, destinée aux filles… La réaction sur le web a été très vive et ça été une façon pour l’entreprise de se racheter auprès de sa clientèle.

Et c’est venu des parents, des blogueurs, des consommateurs qui ont demandé des LEGO avec des figurines féminines pour offrir des modèles positifs féminins pour les jeunes filles qui souhaitent faire autre chose que de prendre soin d’une animalerie ou de magasiner. 

Les réseaux sociaux pour faire bouger les fabricants de jouets

Les réseaux sociaux permettent justement aux parents, aux consommateurs d’exprimer leur mécontentement et même de changer les choses auprès des fabricants. Le sujet des jouets genrés est particulièrement intéressant à voir aller. Une vidéo d’Alexandra Malenfant-Veilleux, mère québécoise dont la fille dénonçait des livres genrés, à été vue près de 700 000 fois sur Facebook!

De plus en plus, les parents exigent une neutralité des jouets. Au fond, c’est cliché, mais acheter c’est voter. Et prendre le temps de dire ce qu’on souhaite en tant que consommateur est important…

Ça semble bien banal au fond la poupée rose dans son emballage rose ou le jeu de construction qui était bleu mais qui est aussi offert en rose… Mais c’est un marketing qui vaut beaucoup d’argent parce que les parents achètent en double… et les entreprises sont friandes, surtout avant le blitz de la grande messe… de la consommation.

Pour lire davantage sur le sujet:

Jouets genrés : pire qu’avant? 

Barbie a de la compétition : Lammily 

 

Votre abonnement permet à ce magazine d’exister!

Également sur Planète F
Familles sans ressources et à bout de souffle Depuis son adoption, la loi 10, la réforme structurelle du système de santé, a entraîné d’importantes compressions dans les services aux patients, sel...
Bibliothèques, alliées des parents dans la réussite scolaire Considérés comme premiers « éducateurs » de leurs enfants, les parents se retrouvent parfois démunis devant la tâche. Les bibliothèques publiques offr...
À chacun son logement Chaque famille a ses priorités et ses obligations en terme d’habitation. Certaines familles préfèrent être locataires, alors que d’autres envisagent d...
Lettre ouverte: Quand naissance rime avec violence Nous publions ici une lettre initiée par le Regroupement Naissance-Renaissance et 288 co-signataires au sujet de la violence obstétricale. Les co-sign...
À la recherche d’un service de garde de qualité Il ne suffit pas de financer des places pour que l’argent consacré aux services de garde éducatifs à l’enfance soit un investissement rentable. Il fau...
Quand l’orientation sexuelle freine la parentalité Ils ont dû faire un deuil de la parentalité. Il y a 30 ans, l'homoparentalité était presque inconcevable socialement. Et pourtant, nombreux sont les h...

À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. Ghislaine Frechette

    Excellent reportage et oui les stéréotypes débutent à l’échographie de ‘on va savoir le sexe de bébé’ et je le constate à tous les jours lors de mes visites au domicile des parents lors de la naissance du nouveau-né. Facile de deviner s’il a une soeur ou un frère ainé. J’ai écrit un article pour Femmes Alpha sur le sujet : Le sexe est Rose ou Bleu ? http://www.femmesalpha.com/opinion/tkwaodf9z7x4vyrntbgxlsp3d3p0h9

Laisser un commentaire