29
Jan
Ma mer d’automne
Ma mer d’automne

Ma chronique La médaille devait débuter l’automne dernier. Mariève Paradis, éditrice de Planète F, m’offrait un nouveau défi. Puisque je ne souhaitais plus faire des billets de blogue, elle m’offrait ma chronique. J’étais tellement heureuse! Je ne serais plus blogueuse, mais chroniqueuse! Je passais à un autre niveau, j’avais des idées plein la tête, et une chronique par mois, c’était réalisable.

Vagues de mauvaises nouvelles

En fait, ce l’était jusqu’à ce que ma sœur m’appelle en pleurs pour m’annoncer que notre père était en route vers les urgences, car il présentait des signes d’AVC. J’étais complètement paniquée et tellement inquiète. Les gens autour de moi me disaient que ça irait, qu’un AVC c’est dangereux, mais que lorsque les signes sont rapidement détectés, les impacts sont mineurs. Je m’accrochais à ça jusqu’à ce que les examens révèlent autre chose et encore autre chose.

Les semaines passaient et je réalisais que l’automne que je m’étais planifié n’était plus possible. Ma structure familiale, mon plan, l’aide que je devais avoir venaient de prendre le bord. J’avais des engagements à respecter, des factures à payer, une moyenne à l’université à conserver et de jeunes enfants qui demandent beaucoup, car eux aussi vivent des défis.

Quand les épreuves se transforment en vécu

Il y a quelques années, j’aurais tout envoyé promener et je me serais mise à pleurer. Mais l’expérience, le vécu, ça a ça de bon : lorsqu’on traverse des épreuves, on prend conscience de nos faiblesses, mais de nos forces aussi. Compte tenu des circonstances, je savais que je ne pourrais pas tout avoir, que je devais faire le tri dans ce qu’il était réaliste d’accomplir ou pas. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais eu peur de perdre ma place en disant non. Plus maintenant. Je ne me pense pas irremplaçable, mais je crois au pouvoir de la compréhension quand on prend le temps d’expliquer, d’avouer que le défi est trop grand, que nos épaules sont déjà chargées, qu’elles ne peuvent pas en supporter davantage.

Le pouvoir de la confiance

L’un de mes premiers billets de blogue pour Planète F abordait justement la confiance. Celle que je n’avais pas en mes compétences parentales. Habituellement, la confiance, tu l’as ou tu ne l’as pas. Douter est normal. Mais douter sans cesse se transforme en anxiété. Ce manque de confiance en soi, quand il nous tient, fait du ravage dans bien des sphères de notre vie.

T’es belle, t’es bonne, t’es capable… mais si tu manques ton coup, ce n’est pas grave!

Les dernières années m’ont appris que même si j’angoisse et je m’épuise à tout faire pour plaire, c’est souvent là que l’échec se manifeste. Je me suis longtemps accrochée à ce que j’ai par peur de perdre ce pour quoi je travaille si fort. Je réalise au fil de mon parcours que lorsqu’une épreuve ou un deuil se manifeste, plus j’y résiste, plus les dommages sont importants et plus ça dure longtemps. Cet automne, j’ai pris mon temps, j’ai vécu mes émotions, j’ai dit non, j’ai remis à plus tard et, en fin de compte, c’est la première fois que je rebondis aussi rapidement!

***

De ma mère à mes enfants

Quand j’étais adolescente, j’aimais aller nager dans la mer. Ma mère me mettait en garde : elle préférait que je me contente de la piscine familiale. C’est qu’à mon âge, elle aussi aimait nager dans l’océan et a failli se noyer plus d’une fois. Sachant que j’allais faire à ma tête dès qu’elle aurait le dos tourné, elle m’a dit : « Si tu te ramasses au large, n’essaie pas de nager contre le courant : plonge dans la vague, elle va te ramener au bord! » Quand on ne peut pas empêcher un enfant d’aller au large, aussi bien l’outiller…

Ça m’aura pris des années avant d’apprendre à plonger dans les vagues de ma vie, mais je réalise qu’aussi imposantes soient-elles, si je plonge dedans, elles me ramèneront toujours sur la rive. Et je m’en sortirai pas mal moins épuisée que si j’avais essayé de nager contre elles en traînant le poids du monde sur mes épaules.

C’est une leçon que je transmettrai à mes enfants en 2018 : ce n’est pas parce que la vague est grosse, que le défi est grand, que tu n’y arriveras pas. La vague peut t’achever, te repousser plus loin, mais elle peut également te ramener sur la rive et t’apporter un sentiment d’accomplissement…

La médaille, les deux bords, pour 2018

J’aurais probablement livré de bonnes chroniques cet automne. Avec du recul, je suis persuadée que ce que j’ai vécu au cours des derniers mois et les apprentissages qui en découlent se refléteront dans mes prises de position et mes réflexions ainsi que dans les récits que je ferai des personnes qui ont la générosité de bonifier mes écrits par leurs tranches de vie.

J’espère que ma chronique La médaille contribuera à repousser les préjugés qu’affrontent les familles vivant la différence d’un enfant afin que votre année 2018 soit plus belle, moins houleuse.

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À propos de Nadia Lévesque

Mère de trois enfants, Nadia Lévesque s’est fait connaître grâce à ses textes traitant de l’autisme de sa fille Ariane. Son empathie et sa facilité à se glisser dans le cœur des parents vivant la différence de leur enfant ont permis à plusieurs de ses textes de devenir viraux sur les réseaux sociaux. Femme de cœur et de tête à la fois, cette maman est maintenant connue pour ses opinions bien assumées et ses prises de position.

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