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4 choses à savoir sur la méditation à l’école
4 choses à savoir sur la méditation à l’école

À l’école alternative de Mont-Tremblant que fréquentent les enfants de Janick Léonard, la journée commence par un temps d’arrêt. De la maternelle à la 6e année du primaire, le professeur fait sonner un carillon, puis invite les enfants à se concentrer sur leur respiration pendant 2 à 3 minutes avant de faire retentir à nouveau l’instrument. Ce petit rituel se produit tous les jours, depuis un an déjà. « Après la séance ils sont plus calmes et attentifs », remarque la maman qui offre des ateliers de méditation pleine conscience et de yoga dans cette école.

Bien qu’elle soit de plus en plus enseignée à l’école, la méditation pleine conscience est encore méconnue. Plusieurs parents aimeraient en savoir plus à ce sujet. Quels sont les impacts positifs de cette pratique? Peut-elle aider tous les enfants? Qu’en dit la science? La journaliste scientifique Eve Beaudin, alias Détecteur de rumeurs à l’Agence Science Presse, fait le tour de la question.

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1-Méditation à l’école : pas dans le programme officiel

À l’heure actuelle, il n’y a pas de cours de méditation intégré au programme québécois d’enseignement primaire et secondaire. Toutefois, de nombreux professeurs à travers la province ont introduit des pratiques de méditation en classe. Plusieurs s’inspirent du programme MindUp, développé par l’actrice américaine Goldie Hawn en collaboration avec des neuroscientifiques et des psychologues. Ce programme anglophone serait utilisé par plus de 1000 enseignants dans la région de Vancouver, ainsi que dans de nombreuses écoles aux États-Unis, en Angleterre et d’autres pays. Au Québec, le manuel pédagogique Mission Méditation, développé par la psychologue Catherine Malboeuf-Hurtubise et le chercheur Éric Lacourse, est populaire auprès des enseignants.  

Ces deux programmes de méditation en classe sont issus du courant de méditation dite « de pleine conscience » (mindfulness), axée sur l’instant présent. Popularisé à la fin des années 1970 par Jon Kabat-Zinn, chercheur à l’École de médecine de l’Université du Massachusetts, il s’agit d’une version sécularisée de la méditation bouddhiste traditionnelle. « Les enfants ne sont pas assis en lotus, il n’y a pas d’encens, pas de chants et pas de connotation spirituelle à cette pratique de méditation », explique Catherine Malboeuf-Hurtubise, qui est aussi chercheure au Groupe de recherche et d’Intervention sur la présence attentive (GRIPA).

2-Pas seulement de la méditation

Comme d’autres spécialistes dans son domaine de recherche, Catherine Malboeuf-Hurtubise préfère utiliser le terme « présence attentive » qui décrit mieux ce qui est fait en classe avec les enfants. « La présence attentive est un état dans lequel on porte attention à son expérience du moment, intentionnellement et sans y porter de jugement de valeur. Donc, il n’y a pas seulement des séances de méditation, mais aussi des ateliers pour aider les enfants à développer cette présence attentive à tout moment, même en marchant, en parlant ou en mangeant. »

Comme exercice, on distribue, par exemple, des canneberges fraîches et on demande aux enfants de toucher, de sentir, de regarder et de goûter ce petit fruit acidulé, qu’ils sont peu nombreux à connaître. « Cet exercice leur permet de prendre contact avec leurs cinq sens, d’établir un lien entre leur corps, leur esprit et leurs émotions », explique la chercheure. On fait aussi des pauses éclair, pendant lesquelles les enfants portent attention à l’instant présent et doivent se demander : comment je me sens, qu’elles sont mes émotions et mes sensations en ce moment. « À force de faire ces exercices, les jeunes s’habituent à prendre des micropauses dans les moments de stress, d’émotivité, d’impulsivité ou de malaise. Plusieurs nous disent que ça les aide à l’école, mais aussi dans le reste de leur vie », indique Janick Léonard dont les deux filles utilisent aussi ces techniques pour se calmer à la maison.

À lire aussi: Apprendre aux enfants à se mettre sur pause

3-Des études encore embryonnaires

À l’heure actuelle, de nombreux jeunes font face à des problèmes d’adaptation scolaire et psychosociale. Selon l’Institut de la statistique du Québec, en moyenne 12 % des élèves du secondaire auraient reçu un diagnostic de trouble de santé mentale tel que l’anxiété, la dépression ou le déficit d’attention. Au Canada, de 14 à 25 % des enfants de 4 à 17 ans présentent un trouble de santé mentale entraînant de la détresse et des problèmes importants sur les plans familial, scolaire et social. « Ces difficultés compromettent souvent la réussite scolaire. Ils amplifient aussi les problèmes de relations sociales à l’école et on les associe à l’intimidation dans les milieux scolaires », explique Catherine Malboeuf-Hurtubise qui mène de nombreuses recherches scientifiques auprès des jeunes en milieu scolaire afin de savoir si l’enseignement de la présence attentive peut les aider à surmonter ces difficultés.

La recherche sur les bienfaits de la présence attentive chez les jeunes enfants et les adolescents est encore embryonnaire. À l’heure actuelle, des méta-analyses ont démontré que la présence attentive et de méditation sont des méthodes prometteuses pour réduire le stress et l’anxiété chez les jeunes, augmenter leur bien-être et les aider à avoir une meilleure gestion de leurs émotions. « Mais pour ce qui est de la dépression, de la santé mentale, on ne sait pas encore », explique la chercheure. Il faudra aussi vérifier si le nombre de séances hebdomadaires a une incidence sur les bienfaits que les jeunes en retirent, poursuit-elle. « Des recherches, comme celles menées par Nancy Heath à l’Université McGill, indiquent qu’une seule pratique hebdomadaire de la méditation pourrait être suffisante à l’école. »

Surtout, il faudra déterminer si la présence attentive peut aider tous les jeunes et si elle peut nuire à d’autres, insiste la scientifique. « Comme tous les autres outils, il semble que la présence attentive ne soit pas une méthode universelle. Chez certains jeunes et dans certains contextes, la méditation pourrait même augmenter l’anxiété ou la détresse psychologique. C’est pour ces raisons qu’il faut poursuivre les recherches avant de recommander l’implantation d’un cours de présence attentive dans les écoles à l’échelle du Québec », estime la scientifique qui poursuit des recherches dans des classes ordinaires et aussi avec des élèves qui ont des difficultés d’apprentissage.

Pour pallier ce manque de données, Catherine Malboeuf-Hurtubise, comme bien d’autres chercheurs dans le monde, a mis en place de nombreux projets de recherche longitudinale avec groupe témoin randomisé. « Pour valider scientifiquement les bienfaits supposés de la présence attentive, il faut se plier aux plus hautes exigences scientifiques en matière de recherche. Il faut étudier pendant plusieurs années un grand groupe de personnes qui fait de la méditation et comparer les données recueillies avec celles d’un groupe qui n’en fait pas. C’est seulement en faisant ce genre d’études qu’on pourra déterminer précisément quels sont les bienfaits de la présence attentive chez les jeunes », explique madame Malboeuf-Hurtubise qui suivra notamment les enfants de l’école Le Préville de Saint-Lambert, de la maternelle à la fin du primaire, pendant 7 ans.

4-Pas une baguette magique, mais un outil intéressant

Même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour valider scientifiquement les bienfaits de la méditation, les professeurs qui pratiquent déjà la présence attentive en classe n’ont pas à tout cesser. « Les professeurs savent déjà que ce n’est pas une baguette magique. Ils voient la présence attentive comme un outil supplémentaire à utiliser en classe et ils sont très à l’écoute de ceux qui n’aiment pas ces exercices ou qui y répondent mal », explique la spécialiste. En attendant que les scientifiques approfondissent les recherches, il semble que ce soit la meilleure attitude à adopter.

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À propos de Eve Beaudin

Eve Beaudin est journaliste depuis près de quinze ans et mère d’un presque ado. À la télé, comme à la radio et à l’écrit, son but est d'informer ceux qui veulent faire des choix éclairés, économiques et responsables. À la fois ludique et pragmatique, elle a aussi un côté « casseur de pub » qui aime départager le vrai du faux. De l’alimentation à l’habitation, en passant par les astuces écologiques, la dé-consommation et les trucs pour économiser du temps, tout ce qui touche de près la vie des gens, participe à leur santé et à celle de la planète l’intéresse. Actuellement, on peut la voir à l’émission de consommation Ça vaut le coût diffusée sur les ondes de Télé-Québec et l’entendre à ICI Radio-Canada Première. C’est avec grand plaisir qu’elle se joint à la grande famille du magazine Planète F !

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