30
Mai
Mon lait n’est pas une marque de yogourt
Mon lait n’est pas une marque de yogourt

Comment doit-on parler d’allaitement? C’est la question qui traverse chacune des contributions d’un tout nouvel ouvrage collectif sur la promotion de l’allaitement au Québec.

Le choix personnel d’allaiter, ou de ne pas le faire, s’inscrit dans toute une trame historique, sociale et culturelle. Ainsi dans un contexte où la santé publique souligne à grands traits les bienfaits de l’allaitement, il n’est pas étonnant que des femmes ressentent une pression à donner le sein. La culpabilité associée au non-allaitement, ou à un allaitement écourté, semble être le lot de nombreuses mères.

- partenaire -

Cet ouvrage soutient qu’il devient contre-productif pour un État de faire la promotion du lait maternel comme on le ferait pour n’importe quel aliment bon pour la santé. L’allaitement, même encouragé par les plus hautes instances en santé, demeure un geste de l’intime. Comme l’écrit la sociologue Chantal Bayard, qui dirige le collectif avec Catherine Chouinard, pourquoi une mère devrait-elle vivre de la culpabilité et de la honte dans les jours qui suivent la naissance de son bébé simplement parce qu’elle ne lui donne pas « le meilleur »?


De mère nourricière à Mahée Paiement

Le collectif, qui bénéficie entre autres des contributions des historiennes Denyse Baillargeon et Martina Chumova, montre à quel point quand il est question d’allaitement, la santé publique continue de s’en tenir à un discours simplificateur et semblable à celui du début du 20e siècle.

Lorsque le guide Mieux vivre avec notre enfant assure en 2005 qu’il « est extrêmement rare pour une femme d’être physiquement incapable d’allaiter » ou que « les spécialistes de la santé des nourrissons ont observé que le groupe d’enfants qui n’ont pas été nourris au lait maternel a plus de risque d’avoir des problèmes […] », nous ne sommes pas loin de 1911. Cette année là, le Dr René Fortier affirme que « c’est au médecin seul qu’il appartient de décider si la mère doit nourrir ou non […] toute mère saine, non tarée doit nourrir, c’est son devoir d’État ».

En 2012, avec l’image d’une Mahée Paiment hyper lookée, l’allaitement se veut glamour et performant. La santé publique insiste sur le fait que « travailler, participer à des soirées mondaines, être une femme bien de son temps et allaiter affectueusement son enfant: tout est possible! »


Quel rôle pour la santé publique?

De nombreuses recherches soulignent la contribution de la santé publique à l’amélioration de la santé des populations. Le livre de Bayard et Chouinard démontre bien par contre, que lorsqu’elle adopte les codes publicitaires, celle-ci apparaît comme une entreprise d’acculturation d’où émerge un moralisme séculier: mangez sainement, ne fumez pas, évitez le soleil. Allaitez vos enfants.

Ne devrions-nous pas plutôt, se demandent les auteures, tendre vers la communication citoyenne, qui repose sur l’échange d’informations, la délibération et le choix éclairé?

La promotion de l’allaitement passe par des actions cohérentes et diversifées sur le terrain. « Il y a une différence fondamentale entre oeuvrer à faire de l’allaitement la norme culturelle et créer une culture favorable aux femmes désireuses d’allaiter », martèle la professeure Manon Niquette, spécialiste en communication en matière de santé.

Lire la suite …

Également sur Planète F
Lueur d’espoir dans les soins en santé mentale? Les parents sonnent l’alarme et les intervenants ne répondent pas à la demande de services pour les jeunes patients malades. Bref, le réseau de soins ...
Lettre ouverte: Le Ministre Blais doit trouver un terrain d’entente Les signataires:  Tristan Ouimet Savard, Coordonnateur au Regroupement des Auberges du coeur du Québec (RACQ) Sylvie Norris, Directrice générale du ...
Lettre ouverte: Like-moi pas Cet texte est écrit par Noémie Larouche, rédactrice en chef du magazine Curium, le magazine science et société pour les 14-17 ans. Croquer dans le po...
École primaire | Enseigner autrement Il faut parfois aller à contre-courant pour implanter de nouvelles façons d’enseigner. La direction et les parents peuvent parfois être réfractaires a...
Intimidation: santé mentale à risque Selon l’étude britannique publiée par The Lancet Psychiatry, les enfants victimes d’intimidation présentent plus de risque de souffrir de problèmes de...
4 choses à savoir sur la méditation à l’école À l’école alternative de Mont-Tremblant que fréquentent les enfants de Janick Léonard, la journée commence par un temps d’arrêt. De la maternelle à la...

À propos de Annie Desrochers

Annie Desrochers est animatrice et chroniqueuse à la Première Chaîne de Radio-Canada depuis plus de 15 ans. Mère de cinq enfants, elle réalisait en 2012 « On a mis quelqu’un au monde », une série radiophonique sur la parentalité ici et à travers le monde. Annie est également co-auteure de Bien vivre l’allaitement, publié chez Hurtubise.

Commentaires

  1. La fin | Découvrir la maternité

    […] – Annie Desrochers – On a mis quelqu’un au monde, Planète F […]

  2. Livre – La promotion de l’allaitement au Québec | Découvrir la maternité

    […] a parlé ici et ici. Et l’excellent Planète F l’a fait lire à Annie Desrochers, compte-rendu ici. C’est fou comme le sujet de l’allaitement m’obsède ces temps-ci… Le sujet est […]

  3. Mon lait n’est pas une marque de yogourt ...

    […] Comment doit-on parler d’allaitement? Revue de l'ouvrage collectif La promotion de l'allaitement au Québec.  […]

Laisser un commentaire