04
Juin
Parentalité, post-rock et précarité
Parentalité, post-rock et précarité

L’anxiété, c’est le poids constant que porte Efrim Menuck, chanteur et guitariste du groupe Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra. Le vétéran de la scène musicale indépendante montréalaise partage ses inquiétudes, sa passion et sa vie avec Jessica Moss, violoniste au sein du même collectif. Ils sont parents du petit Ezra, un joyeux bambin qui les suit en tournée. Car dans une industrie fragilisée par la chute des ventes de disques, la seule façon de faire vivre tout ce beau monde, c’est de se produire en spectacle, soir après soir, ville après ville. Comment y arriver sans compromettre ses valeurs et principes? Comment faire pour que la pratique de son art, de son métier ne nuise pas son enfant et vice-versa?

 

- partenaire -

Le premier constat qui émerge du documentaire Appel à l’anxiété générale! (version française de Come worry with us!) d’Helene Klodawsky, c’est que la conciliation travail-famille est un enjeu complexe pour tous, peu importe le contexte dans lequel on tente d’y arriver. La nuance et le défi résident dans leur choix de le faire en marge du système capitaliste et  dans un milieu en pleine mutation. D’où la nécessité de faire 20 spectacles en 22 jours pour rentabiliser la location de l’autobus de tournée et les services d’une gardienne pour Ezra. Au final, ils ne garderont que 1 500$ chacun dans leurs poches.

 

Oui, la précarité plane, mais l’amour aussi. Dans la petite cellule à trois et dans la famille élargie que forme le groupe Mount Zion. Il s’exprime aussi dans la relation exceptionnelle du couple qui tente d’éviter les pièges d’un partage des tâches « traditionnel ». Il faut les voir s’étonner d’être devenus « la mère la maison qui fait la cuisine et le ménage » et « le mari pourvoyeur » du fait qu’Efrim part en tournée avec Godspeed You! Black Emperor, alors que Jessica peut fabriquer ses boîtes lumineuses à partir de la maison. Un simple calcul qui équilibre le budget et la qualité de vie, mais qui ralentit la carrière de l’une et augmente le stress financier de l’autre.

 

C’est d’ailleurs une des grandes forces de ce long-métrage : même si vous n’avez jamais joué d’un instrument de musique, vous savez exactement ce qui se passe dans la tête de ces parents qui ont à coeur leur enfant, mais aussi leur carrière. La lucidité dont ils font preuve lors d’une discussion sur leur avenir autour de la table de cuisine est saisissante, émouvante. Mais les conversations qui frappent, ce sont celles entre mamans musiciennes : Pourquoi si peu de femmes de plus de trente ans dans les groupes? Pourquoi est-ce si difficile de continuer? Jessica lance à la caméra : « Ce serait plus facile de ne pas le faire. Mais il faut qu’on le fasse, il faut qu’on l’essaie. »

 

Sur une trame sonore envoûtante et de magnifiques images du Mile-End ayant échappé à la gentrification hipster, l’appel du titre est non seulement agréablement entendu, il vise juste.

 

Disponible en juin sur F3M sur demande. www.f3msurdemande.ca

Bande-annonce : http://vimeo.com/78299318

http://comeworrywithus.ca/

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À propos de Marianne Prairie

Marianne Prairie écrit depuis longtemps. Au commencement, il y a eu les journaux intimes ornés de licornes et verrouillés à clé. Puis, plusieurs merveilleuses années à écrire des niaiseries avec les Moquettes Coquettes. Depuis 2007, elle blogue sa maternité à grands coups de coeur et de gueule sur Ce que j’ai dans le ventre. Elle a également cofondé le blogue collaboratif Je suis féministe, tient la rubrique « Famille tout compris » dans la revue Châtelaine et a rédigé, avec Valérie Fraser, Le jour où j’ai arrêté d’être grosse (Parfum d’encre, 2014).

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