02
Fév
Regard historique sur l’accouchement au Québec
Regard historique sur l’accouchement au Québec

 

Important. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en refermant Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne.

D’abord, important par son ampleur. Il faut préciser que l’essai d’Andrée Rivard est une adaptation de sa thèse de doctorat déposée à l’Université Laval en 2010. La chercheuse a donc débusqué une quantité phénoménale de données qui couvrent plus de cinquante ans d’accouchements : des archives personnelles d’infirmières et de sages-femmes aux best-sellers de préparation à l’arrivée de bébé qui ont marqué des générations entières, en passant par les statistiques et les politiques gouvernementales sur la périnatalité. C’est un ajout majeur au corpus de publications qui racontent l’histoire (encore trop peu documentée) des Québécoises.

L’ensemble est très bien vulgarisé, mais je dois avouer qu’une partie du premier chapitre sur la modernité m’a complètement larguée. Détentrice d’un mommy brain qui a perdu l’habitude des lectures théoriques, j’aurais souhaité que ce passage soit simplifié.

Mais au delà de sa contribution historique, ce qui fait d’Histoire de l’accouchement un ouvrage important, c’est son analyse critique de la médicalisation de la naissance. Ce phénomène d’appropriation de la grossesse et de l’accouchement par la science moderne a profondément modifié l’expérience de la naissance au cours de la deuxième moitié du 20e siècle.

La position de Rivard sur le sujet est annoncée d’emblée : elle « s’inscrit dans une perspective féminine, celle des mères » afin de rendre justice à leur vécu personnel de la naissance. Cet angle permet de prendre un recul vis-à-vis les progrès scientifiques et les décisions politiques qui ont façonné le modèle de l’accouchement moderne qui favorise la prise en charge médicale de la grossesse et de l’accouchement, imposant du coup un rôle passif aux femmes, celui de patientes.

L’historienne décrit que dans les années 50, après des centaines d’années d’accouchement à domicile, les femmes se dirigent en masse vers les hôpitaux pour accoucher « confortablement » et « sans risque » à l’hôpital. Dès leur arrivée, on leur donne un « p’tit calmant » pour préserver la « sérénité » des lieux. La plupart d’entre elles expulsent sous anesthésie générale et retrouvent leur nouveau-né qu’une fois de retour à leur chambre. Ces pratiques perdurent jusque dans les années 70, moment où l’on a jugé que les femmes pouvaient être plus conscientes lors de l’accouchement, peut-être même accompagnées par leur mari, mais en étant attachées à leur lit et en recevant systématiquement un cocktail épisiotomie-lavement-rasage-soluté.

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À propos de Marianne Prairie

Marianne Prairie écrit depuis longtemps. Au commencement, il y a eu les journaux intimes ornés de licornes et verrouillés à clé. Puis, plusieurs merveilleuses années à écrire des niaiseries avec les Moquettes Coquettes. Depuis 2007, elle blogue sa maternité à grands coups de coeur et de gueule sur Ce que j’ai dans le ventre. Elle a également cofondé le blogue collaboratif Je suis féministe, tient la rubrique « Famille tout compris » dans la revue Châtelaine et a rédigé, avec Valérie Fraser, Le jour où j’ai arrêté d’être grosse (Parfum d’encre, 2014).

Commentaires

  1. Sara Houle

    Je suis en train de lire le livre, et j’ai l’impression que le « problème » avec le premier chapitre, c’est qu’il nous décrit un monde où la science avait moins de prise sur le monde et que l’auteure semble dire que c’est dans la modernité que la science a commencé à prendre trop de place dans notre vision de la vie. Elle parle souvent de « l’idéologie scientiste moderne » comme étant envahissante et presque néfaste. J’ai trouvé la lecture du premier chapitre plutôt pénible parce que je trouve ça très confrontant (et je l’avoue, légèrement paniquant!) de dire que la science prend trop de place. Ce n’est pas que c’est mauvais d’être confrontant, c’est surtout que l’auteure semble nous dire que trop de scientisme est plutôt mauvais, mais sans nous donner d’alternative… Si on ne peut plus se fier à la science, on se fie à quoi? La science constitue la base de notre société… C’est sur la science qu’on fonde nos décisions, petites ou grandes! Alors si on me dit que la science prend trop de place, je trouve ça difficile à imaginer! Et je me disais aussi, en tant qu’historienne, comment Andrée Rivard a-t-elle colligé ses informations si elle fait fi de la méthode scientifique? Mais finalement, au fil des pages, on comprend qu’elle n’est pas anti-science, mais qu’elle semble trouver que ce serait préférable si l’esprit scientiste ne prenait pas TOUTE la place. Son point de vue semble plus équilibré, en fin de compte.

    Bref, tout ça pour dire que j’ai trouvé le premier chapitre difficile à lire moi aussi! (Et le reste du livre aussi : tellement de statistiques!) Mais certaines parties sont très éclairantes, et finalement c’est une lecture qui vaut la peine d’être entreprise. Importante, comme tu dis! 🙂

    • Sara Houle

      Arf, finalement, mon commentaire est aussi confus que le premier chapitre du livre en question… J’aurais dû le rédiger à tête reposée! Désolée…

  2. Jacinthe Laporte

    Wow! Hâte de le lire!

  3. Seréna Québec

    Merci beaucoup. Ce sujet rejoint les préoccupations de notre organisme envers l'autonomisation des femmes face à la gestion de leur fertilité.

  4. michelec

    Une telle dépossession de notre pouvoir au nom de la peur et du confort.

  5. Natalie-Ann Roy

    Merci pour le tour d'horizon!

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