18
Mai
Crédit Camille Lavoie
Réintégrer les enfants avec troubles mentaux
Réintégrer les enfants avec troubles mentaux

Depuis quelques années, le nombre d’hospitalisations pour des troubles mentaux est en hausse chez les jeunes. L’enjeu de taille : identifier les interventions qui aident la réintégration de ces élèves à l’école après leur traitement.

Lorsqu’un enfant s’absente de l’école pendant quelque temps afin de recevoir des traitements médicaux, le retour à la vie scolaire peut être difficile autant au niveau académique que social. En est-il de même pour les enfants qui sont traités pour des problèmes de santé mentale et, surtout, comment peut-on les aider à réintégrer l’école lorsqu’ils vont mieux ? Ce sont les questions que se pose Anne-Marie Tougas, professeure au département de psychoéducation de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke.

Malheureusement, il existe encore peu de données accessibles sur la façon d’intervenir auprès des élèves qui réintègrent l’école après un traitement pour soigner un trouble de santé mentale. Elle a déjà réalisé une étude sur la réintégration des enfants souffrant de cancer. « Pour la santé physique, il y a des recensions d’écrits, des méta-analyses et des guides de pratique clinique, remarque Anne-Marie Tougas. En matière de santé mentale, nous ne sommes pas encore rendus là. Il y a bien quelques études qui ont été faites pour tenter de mieux comprendre comment se passe le retour à l’école et quelques guides de pratiques. Cependant, l’état des connaissances n’est pas assez avancé pour qu’on soit en mesure de proposer des interventions concrètes à faire auprès de ces enfants. »

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Anne-Marie Tougas et son équipe ont donc entrepris de faire un véritable tour de la littérature scientifique pour réaliser une recension des écrits. « Nous sondons les banques de données, la documentation clinique disponible, notamment sur Internet pour essayer de répondre à différentes questions », explique la chercheuse. Elle veut, entre autres, déterminer quels sont les problèmes rencontrés par les jeunes et leurs parents. Elle aimerait aussi mieux comprendre les besoins des intervenants scolaires et les pratiques prometteuses en matière de réintégration scolaire de ces élèves.

Ces préoccupations sont d’autant plus importantes que le nombre de jeunes qui doivent être hospitalisés en raison de troubles mentaux augmente au Canada. Selon un rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé, en 2013-2014, 18 % des hospitalisations chez les moins de 24 ans ont eu lieu en raison de troubles mentaux. Le taux d’hospitalisation aurait ainsi grimpé de 37 % entre 2006 et 2014. Ce sont les jeunes de 10 à 17 ans qui seraient les plus touchés.

Une problématique particulière

La perception que la communauté a des troubles de santé mentale est très différente de celle associée aux maladies physiques. « Par exemple, le cancer est une maladie pour laquelle la société a une certaine sympathie, souligne Anne-Marie Tougas. Le regard qui est posé sur ces enfants est relativement positif. La santé mentale est un sujet plus tabou. Cela fait moins longtemps qu’on en parle sur la place publique. C’est ce qui m’amène à penser qu’il y a peut-être lieu d’intervenir différemment lorsqu’il est question de réintégrer un élève avec un problème de santé mentale. »

Par ailleurs, la complexité des maladies mentales peut compliquer le retour à l’école. « Les troubles mentaux arrivent rarement seuls, explique Anne-Marie Tougas. Il est très inhabituel qu’un jeune soit hospitalisé simplement pour un trouble anxieux. Il peut s’agir d’un trouble anxieux qui a mené au développement de symptômes dépressifs et de problèmes de comportement. Cet ensemble de symptômes est très différent de celui d’une maladie physique. »

De plus, contrairement au cancer, une maladie mentale se déclare rarement tout d’un coup. « Généralement, le jeune a un historique qui est connu du personnel et de certains élèves de l’école, ajoute Anne-Marie Tougas. Lorsqu’il doit être retiré du milieu scolaire, c’est parce qu’il y a eu débordement. On a tenté de l’aider autant que possible, mais le personnel n’est plus en mesure de le faire. »

L’école peut même parfois faire partie du problème. « Avant d’être retiré de l’école, l’enfant était peut-être victime d’intimidation ou souffrait d’anxiété de performance lors des examens. Dans une telle situation, on ne peut pas simplement l’envoyer à l’hôpital, le soigner et ensuite le remettre dans son milieu sans rien changer, insiste Anne-Marie Tougas. Cela ne fonctionnera pas. Parmi les sources de problèmes, certains éléments peuvent être propres à l’école et méritent donc d’être pris en compte. »

Des recommandations applicables au contexte québécois

« Mon objectif serait de pouvoir émettre des recommandations », affirme Anne-Marie Tougas. Pour s’assurer que celles-ci soient applicables dans le contexte québécois, la chercheuse s’est entourée d’experts travaillant sur le terrain, avec les jeunes. « Notre comité consultatif est composé d’administrateurs scolaires, de psychologues scolaires, d’intervenants en centre jeunesse et de pédopsychiatres, explique Anne-Marie Tougas. Ce comité s’assoit de façon périodique avec mon équipe pour discuter des résultats trouvés dans la littérature et valider si les recommandations que nous avons identifiées sont réalistes de son point de vue. »

Selon la chercheuse, en étant sensible à la réalité sur le terrain dès le début de la recherche, les recommandations émises seront plus faciles à implanter dans les milieux par la suite. Les interventions mises en place auront ainsi les répercussions escomptées et favoriseront la réintégration de ces jeunes à l’école.

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À propos de Kathleen Couillard

Kathleen Couillard est microbiologiste de formation. Elle a toutefois vite constaté que la communication lui procurait beaucoup plus de satisfaction que les pipettes et les éprouvettes. En tant que journaliste scientifique, elle s’intéresse maintenant à tout ce qui touche l’enfance et la famille. Elle collabore entre autres au site web et au magazine Naître et Grandir de même qu’à la revue Perspective infirmière et à l’Agence Science-Presse. Elle est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette qui s’intéresse à la science de la périnatalité.

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