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Nov
Crédit Camille Lavoie
La santé mentale dans le viseur de… l’école
La santé mentale dans le viseur de… l’école

Dans les pays riches occidentaux, un enfant sur dix, âgé de moins de 18 ans, souffre de problèmes de santé mentale. Un joli 10 % que l’on pourrait détecter grâce à l’appui des écoles et traiter dans la prime enfance, selon les auteurs d’une étude parue dans The Lancet Psychiatry.

Au pays, 1,2 million d’enfants et d’adolescents sont aux prises avec un problème de santé mentale. Seuls 20 % recevront un traitement approprié, d’après la Commission de santé mentale du Canada. Un chiffre que l’on retrouve dans d’autres pays à hauts revenus.

Dans l’étude, les auteurs rappellent d’ailleurs que 75 % des personnes adultes qui font appel aux services de santé mentale avaient un trouble détectable avant leur majorité.

Et quand on parle de trouble, ne vous plongez pas dans le DSM-V, la bible des psychiatres nord-américains. Ici, on parle de troubles du comportement comme l’angoisse de séparation et le trouble oppositionnel avec provocation pour les enfants de 4 à 10 ans, ou de l’anxiété et de la dépression chez les 11 à 18 ans.

Rien d’exceptionnel, me direz-vous. Sauf que « reconnaître ces problèmes de santé mentale tôt a un impact sur leurs traitements, mais aussi sur le développement de l’enfant, sa réussite scolaire et éventuellement sa future carrière professionnelle. Les troubles mentaux débutent souvent à l’adolescence et ne s’y arrêtent pas. Pour la plupart, ils persistent à vie », dit le Dr Mina Fazel, auteur principal de l’étude et pédopsychiatre à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne.

D’où l’idée de l’école comme lieu de dépistage : les enfants et les adolescents y passent le plus clair de leur temps. À ce titre, les établissements scolaires, une fois leur personnel formé, ont un rôle essentiel à jouer, celui d’aiguiller les enfants vers des pédopsychiatres si nécessaire.

Dépistage en santé mentale = stigmatisation ?

Face à cet éventuel dépistage dans les écoles, certaines voix s’élèvent contre la stigmatisation et l’étiquetage « enfants à problèmes ».

Ce à quoi le Dr Mina Fazel répond dans une baladodiffusion diffusée sur le site du Lancet : « si 10 % des enfants avaient le diabète, on ne dirait pas que le dépistage est une mauvaise chose. En fait, s’il y avait une meilleure compréhension de la maladie mentale et de ses causes et si les traitements étaient plus accessibles, on s’inquiéterait moins de la stigmatisation. » C’est dit.

Quant à l’étiquetage des enfants, c’est un faux débat. Selon le Dr Fazel, l’expérience montre que les enfants préfèrent consulter un professionnel de la santé dans l’enceinte de l’école plutôt qu’à l’extérieur. Dans cette approche axée sur l’enfant, la scientifique reconnaît que les systèmes de santé et d’éducation devront communiquer plus étroitement pour être efficaces.

Et à ce titre, reconnaissons que le Canada est bien pauvre : aucune stratégie nationale n’existe pour identifier en milieu scolaire les maladies mentales chez l’enfant. Et ne me dites pas que cela ne se fait pas ailleurs. Jetez donc un coup d’œil du côté du Royaume-Uni et de l’Australie…

Source : The Lancet Psychiatry, Mental health interventions in schools in high-income countries (octobre 2014)

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À propos de Bruno Geoffroy

Ex-chimiste reconverti dans la distillation de mots. Alambiqués ou pas. Journaliste donc. Blogueur à temps perdu aussi. Bruno Geoffroy discute de santé, de science, de finance, d’alimentation et parfois du mariage incongru entre vin et littérature. Du dépistage du cancer de la prostate à la malbouffe en passant par les superbugs, rien ne l’effraie. Enfin presque… T.O.C. reconnus : Cinéphile compulsif et musicophage. En rémission.

Commentaires

  1. Sara Houle

    La phrase « Quant à l’étiquetage des enfants, c’est un faux débat. » me laisse un peu perplexe… Une comparaison est faite avec le diabète, et c’est sûr que dans un monde ideal, il n’y aurait pas de différence entre la perception du diabète et la perception d’une maladie mentale. Mais le fait est que la maladie mentale est perçue négativement, dans le monde d’aujourd’hui. Alors, j’ai l’impression que l’étiquetage est en fait un problème. De plus, les méthodes diagnostiques pour la maladie mentale sont souvent peu efficaces ou carrément inefficaces. Donc, un jeune pourrait se faire diagnostiquer une dépression, se faire persécuter à l’école pendant quelques années, pour qu’on se rendre compte après coup que ce n’est pas une dépression. Avant de mettre en place un tel système de dépistage, j’ai l’impression qu’il y a quelques tabous à déboulonner… Ou au moins un moyen à trouve pour protéger les jeunes diagnostiqués.

  2. Sara E Duchesne

    Sujet fondamental! Merci d'en parler.

  3. L'automutilation chez les jeunes - Planète F

    […] à lire cette cette semaine, la chronique Sous le microscope de notre collaborateur scientifique Bruno Geoffroy sur l’importance de l’école dans le […]

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