30
Oct
Toussaint : défunte fête des morts?
Toussaint : défunte fête des morts?

En France, les premières vacances après la rentrée des classes portent le nom de « vacances de la Toussaint ». Pourtant, peu d’enfants d’âge scolaire fêtent encore avec leurs parents cette fête religieuse catholique, traditionnellement associée au culte des morts. La fête populaire d’Halloween l’aurait-elle remplacée ? Pas si sûr…

Pour l’Église, la fête de la Toussaint, c’est d’abord l’objet d’un malentendu. Célébrée le 1er novembre, elle signifie littéralement fête de « tous les saints » et fut introduite au 8e siècle pour honorer les personnes dont la vie a été exemplaire.

Dès le 9e siècle, cette fête est suivie d’un office aux morts, qui finit par être entériné par l’Église : le 2 novembre, lendemain de la Toussaint, devient alors au 13e siècle le jour de la « commémoration aux fidèles défunts ».

- partenaire -

Les deux fêtes ont pourtant eu du mal à se distinguer l’une de l’autre. Au début du 19e siècle, le 1er novembre est institué par l’État comme jour férié. Un temps libre que les familles ont pu peu à peu consacrer à… se recueillir sur les tombes de leurs défunts. La Toussaint devint alors synonyme de fête des morts, au détriment de sa signification originelle.

Aujourd’hui en France, à l’instar du Québec, l’influence de la religion catholique a considérablement décru. Mais, ainsi que l’observe l’ethnologue Martine Segalen, la visite des cimetières aux alentours de la Toussaint continue d’être massive (1). En 2015, les Français auraient dépensé pas moins de 167 millions d’euros en fleurs à cette occasion (2). 

Un rite boudé par les jeunes familles ?

Les enfants ne semblent pourtant qu’exceptionnellement participer à ces rites. À la fin des années 1990, le sociologue Jean-Hugues Déchaux avait analysé l’évolution de cette pratique. Il avait remarqué que les personnes âgées constituaient la majorité des célébrants : « Les personnes âgées sont très attachées à cette date à laquelle l’on ne doit pas se soustraire. Ce rite atténue leur angoisse de la mort. Elles espèrent que ce qu’elles font pour “leurs morts”, d’autres le feront pour elles le moment venu. (3) »

Au contraire, les jeunes adultes auraient plus de mal à trouver du sens à cette tradition, jugée trop conventionnelle et impersonnelle. Eux préfèrent entretenir le souvenir plutôt que le rite :

« On ne voit d’ailleurs jamais d’adolescents dans les cimetières. En revanche, on rencontre des jeunes enfants, venus avec leurs parents et leur grand-mère », poursuit le sociologue.

Les jeunes parents français préféreraient-ils évoquer la mort avec leurs enfants sur un mode plus festif et léger, par exemple en célébrant la fête populaire d’Halloween, le 31 octobre ? Après tout, ce ne serait qu’un juste retour des choses… quand on songe que la commémoration chrétienne des défunts a historiquement remplacé Samhain. Cette fête celte des morts tombait fin octobre et n’est autre que la lointaine ancêtre d’Halloween.


1- Martine Segalen, Rites et rituels contemporains, Armand Colin, 2013

2- Étude TNS Sofres cofinancée par FranceAgriMer et Val’hor, l’interprofession de l’horticulture.

3- Nathalie Senneville, « Aller au cimetière, c’est parler des morts ». Le sociologue Jean-Hugues Déchaux a décrypté ce rite au sein de la famille. Libération, entretien publié le 2.11.1995

Lire la suite …

Également sur Planète F
Des initiatives pour l’éducation à l’art aux jeunes Plusieurs études ont prouvé que l’éducation à l’art avait un effet positif sur la régulation des émotions et sur le développement des comportements ch...
Football et commotions cérébrales LAISSER JOUER, LA CONSCIENCE TRANQUILLE? Des millions de salons vont vibrer, d’ici quelques jours, au rythme des chocs et des rebondissements du Supe...
Génération peur Il a grandi à l’époque où la cigarette ne « donnait pas » le cancer, et où les enfants allaient en voiture détachés sur le siège avant! Elle est de la...
Les modules de jeux sont-ils trop faciles? Grimper dans des pneus de caoutchouc, au risque d’en tomber. Escalader un mur qui semble si haut vu d’en bas. Plusieurs aires de jeux font le pari de ...
Plus anxiogènes, les allergènes La Commission scolaire de Montréal (CSDM) annonçait en juin dernier qu’elle ne restreindrait plus la présence d’aliments allergènes dans les écoles pr...
La leçon du Centre Hanen Le Centre Hanen est spécialisé en troubles du langage. Leurs résultats sont étonnants et leurs méthodes innovantes. Dans le monde entier, on trouve de...

À propos de Béatrice Kammerer

Diplômée en didactique des sciences et après quelques années ans de recherche-action en éducation, Béatrice Kammerer a découvert en 2011 la "parentalité 2.0" et la richesse des échanges qui y avait lieu. Depuis, elle s'intéresse à la diffusion, à la mise en circulation et en discussion des connaissances dans les domaines de la parentalité et de l'éducation. Mère de famille XXL, engagée dans le domaine associatif comme fondatrice de l'association d'éducation populaire Les Vendredis Intellos, elle est aussi rédactrice dans les domaines parentalité/éducation pour divers médias tels que Grandir Autrement, L'enfant et la Vie, ou Slate. Curieuse jamais rassasiée, elle aime mêler journalisme scientifique et questions de société.

Commentaires

Laisser un commentaire