23
Avr
Bébé en santé, maman violentée
Bébé en santé, maman violentée

Parfois par simples habitudes médicales, mais presque toujours au nom de la sacro-sainte santé du bébé à naître, plusieurs mères vivent des interventions liées à la grossesse ou l’accouchement comme de véritables agressions. Faits sans leur consentement, ces actes laissent des traces.

Enceinte de son premier enfant, Josée* se rend à son suivi de grossesse hebdomadaire à sa 39e semaine de grossesse. Sa gynécologue-obstétricienne examine son col, et sans l’aviser, pratique un décollement des membranes (appelé communément un stripping). Cette intervention est très douloureuse pour la mère devenue inquiète, voire même angoissée. « J’étais catastrophée. Ça m’a fait tellement mal, se souvient Josée avec émotion. J’ai senti le décollement des membranes comme une agression. Je lui avais dit que je ne voulais pas accoucher tout de suite, surtout que je n’avais pas dépassé ma date prévue d’accouchement. Elle n’a juste pas écouté. »

Cette situation n’est pas anecdotique. Sur les forums dédiés à la maternité, on peut lire des affirmations semblables par dizaines. Kim Deslauriers est accompagnante à la naissance dans la région de Gatineau. Même si elle n’a jamais été témoin de violence physique, elle observe des violences psychologiques à répétition durant les accouchements auxquels elle assiste en milieu hospitalier : manque de respect, manipulation, absence de consentement éclairé. « Je pense qu’il y a un manque de respect de base : envers les capacités de la patiente de prendre ses propres décisions, de comprendre les complications et les problèmes. »

- partenaire -

Cette « infantilisation » de la femme enceinte est ce qui choque le plus l’accompagnante à la naissance. Elle raconte avoir assisté à une scène inconfortable où un médecin faisait la leçon à une patiente, alors qu’il était en train de lui faire un examen vaginal. « Je me demande dans quelle autre situation on se dirait que c’est normal d’être penché sur le corps d’une femme, une main dans son vagin, à lui faire des remontrances! Elle est clairement en position d’infériorité, de soumission! » Elle voit aussi à l’occasion, lors des changements de garde durant un accouchement, par exemple, des médecins entrer dans la salle de travail et faire un toucher vaginal à une patiente sans même prendre la peine de la saluer ou de se présenter. « Pour moi, cela revient à traiter les femmes comme du bétail! » lance-t-elle avec colère.

* Nom fictif. Josée a préféré garder l’anonymat.


Au nom du bébé

À travers la plupart des témoignages d’accouchements traumatiques ou de gestes déplacés revient l’argument du « bien-être du bébé ». Cet argument expliquerait en partie cette culture hospitalière qui ne respecte pas les femmes enceintes, croit la chercheuse indépendante en périnatalité Hélène Vadeboncoeur. « Oui, il y a des situations d’urgence où il faut agir rapidement, mais il n’y a aucune situation qui justifie d’aller contre la volonté des femmes. Rien ne justifie qu’on force une femme, rien ne justifie non plus qu’on ne lui donne pas un minimum d’explications et qu’on ne lui demande pas son consentement. »

Lire la suite …

Également sur Planète F
Quand l’orientation sexuelle freine la parentalité Ils ont dû faire un deuil de la parentalité. Il y a 30 ans, l'homoparentalité était presque inconcevable socialement. Et pourtant, nombreux sont les h...
Des jeux vidéo pour améliorer la santé des enfants Cette chronique a été préparée pour Les Éclaireurs, émission de consommation et de santé à la Première Chaîne de Radio-Canada. On parle souvent de l’...
Pédagogie Waldorf: une doctrine religieuse? – Partie 2 Pour lire la partie 1 L’anthroposophie trouve des applications dans chaque aspect de la vie. Il y a l’agriculture biodynamique, des produits cosmétiq...
Une semaine à l’honneur des pères Plus de 50 villes et arrondissements au Québec proposeront des activités et des initiatives aux citoyens à l’occasion de la quatrième Semaine Québécoi...
Lettre ouverte : Toutes les mamans sont des petites filles Ma mère est morte à 84 ans, anonymement, à l’hôpital, dans un lit où, on a été tenu de nous le dire, quelqu’un aurait pu être soigné et guéri. Elle, c...
La peur qui transforme Mère de deux adolescents, Myriam Jézéquel est chercheure et auteure. Elle a entre autres signé Ces enfants déstabilisés par l’hyperparentalité et Les ...

À propos de Sarah Poulin-Chartrand

Cofondatrice de Planète F, Sarah s’intéresse de près aux sujets qui touchent la famille, la condition des femmes et les minorités sexuelles. Elle a également un intérêt marqué pour la santé, les sciences et l’éducation.

Commentaires

  1. Caroline Couture

    En effet, Miss Scarlett, vous ne devriez pas vous sentir coupable. Le fait est que le personnel médical est formé pour avoir une confiance en eux et en leur pratique à toute épreuve et que le statut de «patiente» dans lequel une femme est mise autour de la naissance de son enfant la rend particulièrement vulnérable. Des femmes avec des personnalités pourtant très fortes et imposantes ont tout le mal du monde à tenir tête au «système». Votre histoire est bien triste, et malheureusement, elle n’est pas rare. Il faut absolument en parler et se battre pour changer les choses!

  2. Kristina Lemieux

    Parce que effettivement, je me suis senti comme un vulgaire numéro moi aussi. Après mon accouchement, je ne suis jamais retourner voir le gynécologue ni même un docteur . Je me disais seulement que plus personne ne me toucherait là! Tromatisant quand même..

  3. Valerie Parizeault

    Les abus lors de l’accouchement au nom de la sacro sainte santé du bébé, c'est une pratique dont j'ai été victime, et s'il y a peu de plaintes rapportées, c'est effectivement parce qu'on infantilise la mère dans sa douleur en la réduisant et la diminuant par rapport au «miracle de la vie» qu'elle engendre. Pour ma part, 36 heures de calvaire et une intervention douloureuse pratiquée lors de ma 35ième heure sans mon conjoint présent auraient pu être évité si tout ce beau monde important s'étaient donné la peine de LIRE LA NOTE À MON DOSSIER de la part de mon médecin disant qu'à mon arrivée à l’hôpital, je devais aller en césarienne parce que mon bébé était trop gros pour passer. Une plainte? oui mais votre bébé est en santé madame, et vous n'êtes pas morte…

  4. Mariève Paradis

    Parce que nous avions déjà des voix qui se collait au discours des sages-femmes avec Hélène Vadeboncoeur, Stéphanie St-Amant et Marc Zaffran. Par contre, si les sages-femmes souhaitent réagir dans nos pages, nous leur donnerons l’espace.

  5. MissScarlett

    Voici l’histoire de mon accouchement, un bon exemple de cascade d’interventions, d’infantilisation et de non-respect qui s’est terminé en césarienne d’urgence après plus de 72 heures de tentative d’induction.
    Première grossesse, 37 ans, obèse, par ailleurs en bonne santé. Je suis suivie par un groupe de médecins de famille. À 28 semaines environ, on diagnostique une « hyperglycémie de la grossesse », soit un diabète de grossesse. Je suis prise en charge par une nutritionniste et un endocrinologue, le diabète est très bien contrôlé par l’alimentation et les injections d’insuline trois fois par jour. Néanmoins, je suis suivie aussi en clinique GAR (grossesse à risque) dans un hôpital universitaire. On m’annonce que je devrai avoir une induction à 38 ou 39 semaines à cause de mon diabète. Quand je demande pourquoi, on me répond que le risque de mortinatalité est plus élevé chez les femmes qui ont un diabète de grossesse. Mais à quoi sert donc d’avoir si bien contrôlé mon taux de sucre? Mon endocrinologue est d’ailleurs d’avis que ce n’est absolument pas nécessaire, mais ce n’est pas lui qui décide, c’est le gynécologue (sic).
    Me voilà donc à l’hôpital, un lundi soir, à 39 semaines. On me met un cervidil pour ramollir le col, qui n’est pas du tout effacé ni ouvert. Je dors à l’hôpital, le lendemain mardi à 8h30 on m’installe le pitocin. Le col n’est toujours pas ouvert. Vers 16h, aucun progrès, le col n’a pas ouvert du tout, on arrête tout et on recommencera demain matin, on me remet un cervidil pour la nuit. Mercredi matin, exactement le même cirque, sauf qu’on arrête à midi vu que je n’ai pas encore ouvert d’un cm. Et là quelqu’un décide que puisque je n’accoucherai pas aujourd’hui, je vais être transférée dans une chambre à deux lits (à 4 en fait, avec les chums qui font du camping sur les « divans »). Je suis tannée, fatiguée, ça fait 2 nuits que je dors à l’hôpital, et envisager une 3e nuit avec 2 étrangers dans la même chambre, je sais que je ne dormirai pas, je me dis que je vais rentrer chez nous et revenir quand mon petit aura décidé de sortir par lui-même.
    Ah mais non! Ça marche pas comme ça!!! La gynécologue arrive. (Une vraie folle que j’avais déjà vue lors d’une échographie, elle s’était exclamée que j’avais « une énooooorme piscine », ce qui voulait dire que j’avais beaucoup de liquide amniotique, évidemment car je faisais un diabète de grossesse… et qui m’avait dit aussi qu’elle n’arrivait pas à voir un bras de mon bébé alors elle ne pouvait pas m’assurer qu’il était normal! Le genre de folle qui fait juste t’inquiéter inutilement et te faire sentir coupable…) Elle commence à me mettre de la pression et à me dire que les mères diabétiques sont plus à risque d’avoir un bébé mort-né (ce qui est vrai uniquement pour le diabète non-traité, mais pas lorsqu’il est bien contrôlé), et que si je m’en vais chez moi je ne pourrai pas avoir une induction avant une semaine parce que c’est les vacances des fêtes (!) et que donc, s’il ne sort pas par lui-même il va être trop tard, bref, par le ton et les paroles, je comprends le message: si je m’en vais chez moi je suis une méchante mère égoïste qui met la vie de son enfant en jeu. Faque, je reste.
    Dans la nuit de mercredi à jeudi, je n’ai pas dormi évidemment, à quatre dans la chambre dont 2 qui ronflent comme des engins. J’ai passé la nuit à me promener dans le corridor pour stimuler les contractions, toujours avec un cervidil. Vers 3h, une infirmière me demande si je voudrais retourner dans une chambre privée, il y en a plein de libres!!! Personne n’aurait pu penser à m’offrir ça à 10h00 hier soir? Je réveille mon chum, allez on déménage, au moins je dors quelques heures.
    Jeudi matin, c’est le grand jour! Vu que le cervidil a fait ouvrir mon col de 1 cm, ils vont insérer un ballon dans mon col et ensuite le gonfler d’eau pour forcer mon col à ouvrir. L’horreur. Juste rentrer le ballon, j’ai hurlé comme une folle, mon chum capotait, je braillais comme une enfant, j’étais totalement paniquée. Une douleur à laquelle je ne m’attendais pas du tout, on ne m’avait pas prévenue, c’était la pire douleur que j’avais eue dans ma vie. J’ai été 2 heures à gémir et presque à délirer, ils ont forcé le col à ouvrir de 1 à 5 cm en 2-3 heures. Quand le ballon a fini par « tomber », les membranes ont rompu en même temps, ce fut un immense soulagement! Après, je me sentais beaucoup mieux, les contractions étaient douloureuses mais je contrôlais ma douleur, je marchais (avec mes 4 intraveineuses sur 2 poteaux…) et ça allait. Mais le monitoring en continu du cœur du bébé montrait des signes de détresse fœtale. Pour mieux pouvoir écouter le cœur du bébé pendant les contractions, on m’a suggéré de rester couchée sur le dos, pour pouvoir introduire par le vagin une « suce » collée sur la tête du bébé. Sauf que je ne pouvais plus tolérer la douleur couchée sur le dos. Alors on m’a recommandé la péridurale… ce que j’ai accepté évidemment.
    À 18h le col était toujours à 5 cm. Plus le temps passait et plus je voyais venir la césarienne. Je savais qu’ils me diraient que je n’avais pas le choix, et effectivement est venu un moment où je n’avais plus le choix. Le cœur du bébé baissait trop, à chaque contraction, et mettait trop de temps à remonter, ce qui est un signe de détresse. Ils ont essayé d’arrêter le pitocin, puis ont recommencé une heure après, mais le même problème a continué.
    Ça s’est terminé en césarienne d’urgence, en pleine nuit. Le bébé avait 3 tours de cordon autour du cou. Trois tours, apparemment c’est rare. Évidemment, je n’aurais pas pu accoucher naturellement avec 3 tours de cordon, de toute façon (ou le bébé serait mort, ou aurait eu des séquelles). Mais je vais toujours me demander: si on l’avait laissé tranquille, et sortir quand il était prêt, est-ce qu’il se serait entortillé dans son cordon comme ça? Ou c’est tout ce stress qui l’a fait tourner sur lui-même 3 fois? Bien sûr, le bébé va bien, et tu te fais dire que le principal est que le bébé soit en santé et toi aussi. Mais je n’ai pas vécu l’accouchement dont j’avais rêvé, je n’ai pas eu le bébé sur mon ventre, dans mes bras, tout de suite après l’accouchement. Je ne l’ai pas senti passer, je n’ai pas vécu ce grand moment de joie intense lorsque tu regardes ton bébé pour la 1re fois. Quand j’ai fini par le prendre dans mes bras, après 4-5 heures en salle de réveil, j’étais tellement épuisée que je n’ai pas pu l’allaiter. Je voulais juste dormir. J’ai eu beaucoup de difficulté à allaiter, pendant plusieurs semaines.
    Ce n’est pas la fin du monde, et je ne reproche rien à personne en particulier (même pas la gynécologue folle: elle m’a simplement dit la même chose que n’importe quel autre gynécologue m’aurait dit peut-être un peu plus gentiment). C’est le système, les pratiques, et surtout la mentalité que je blâme. Et moi-même. Je me suis abandonnée à l’autorité des médecins, parce que je sentais que c’est ce qui était attendu de moi, et parce que c’était plus rassurant. Je me sentais comme une enfant, qui fait ce qu’on lui dit de faire sans rouspéter, pour être considérée comme une bonne fille.
    Pendant plusieurs semaines après mon accouchement, j’ai fait le même cauchemar: je me faisais violer par plusieurs hommes, tous des hommes que je connaissais et en qui j’avais confiance…

    • Mariève Paradis

      Merci pour votre histoire. C’est troublant et vraiment désolant que certains femmes puissent vivre de la détresse aussi grande pour un événement qui devrait être un moment de célébration de la vie.

    • Sara Houle

      Oufff votre témoignage, MissScarlett, est vraiment touchant! Ça a dû être difficile de passer à travers ça… Je n’ai pas vécu un accouchement aussi difficile, mais je me reconnais dans les phrases « Je me suis abandonnée à l’autorité des médecins, parce que je sentais que c’est ce qui était attendu de moi, et parce que c’était plus rassurant. Je me sentais comme une enfant, qui fait ce qu’on lui dit de faire sans rouspéter, pour être considérée comme une bonne fille. » Mais je crois que vous ne devriez pas vous taper sur la tête, c’est une situation tellement difficile que je crois que n’importe qui aurait fait pareil! Quelle histoire… Je ne sais pas si vous l’avez déjà fait, mais si c’était moi, j’enverrais une plainte au commissaire aux plaintes de l’hôpital en question et des établissements de santé concernés… Personne ne devrait avoir à vivre ça… C’est un accouchement, pas une torture!

  6. Sophie Bilodeau

    Bravo pour vos articles concernant ce qui se passe dans les salles d'accouchements en milieu hospitalier. Personnellement, j'ai choisi de vivre mes accouchements en maison de naissance et je n'ai jamais eu aucun regrets. Donner naissance devrait être un acte empreint de respect et de considération pour la maman autant que pour le bébé en tout temps. Vos articles permettent de mettre en lumière ce qui est malheureusement encore difficile comme sujet de discussion au Québec, les protocoles et les automatismes ne font pas bon ménage, tant qu'à moi avec un événement aussi privilégié dans une vie. Cela s'avère nécessaire de mettre en avant ces sujets envers le public en général afin que nous puissions avancer comme société. Merci!

Laisser un commentaire