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Sep
Édito: L’assiette familiale
Édito: L’assiette familiale

S’il y a une chose qui a changé depuis que j’ai des enfants, c’est bien l’alimentation. Et notre alimentation s’adapte encore selon les besoins de notre famille. Que se cache-t-il en-dessous de votre assiette familiale?

J’ai été élevée dans une famille où le souper du dimanche soir était une obligation familiale. Presque une religion. Il ne fallait même pas penser à aller jouer dehors avec les voisins ou à parler au téléphone pour m’en sauver. C’était important. Et j’avoue que ça m’exaspérait parfois.

Comme parent, je comprends maintenant pourquoi c’était si important. C’était comme la cohésion de la famille. La colle qui permettait à la famille de fonctionner toute la semaine tout en restant unie. C’était le moment pour raconter nos succès, nos déceptions, nos rêves et nos échecs. Un moment rassembleur dont je garde, en majorité, un bon souvenir.

Un souvenir à reproduire

Évidemment, quand j’ai eu des enfants, j’ai voulu reproduire ces moments avec ma famille. La volonté de souder la famille lors des repas est devenue aussi importante. On trie les obligations professionnelles le soir, on limite les activités parascolaires pour passer ces moments ensemble.

Mais parfois, je me sens bien à part avec cette volonté de faire des repas un acte social. Parce qu’à l’école, on dirait que les repas ne sont que pour l’alimentation physique.

L’an dernier, après quelques semaines de maternelle, ma fille me demandait de ne plus mettre certaines collations. Parce que c’était trop long à manger. Elle veut aussi des fruits coupés, parce que ça se mange plus rapidement. Pas parce que c’est plus facile. Parce que c’est plus rapide. Si ma fille prenait le temps de manger à table avec nous, maintenant elle engloutit vite, pressée d’avoir fini.

C’est qu’à l’école, il faut manger vite. Et majoritairement en silence. Manger vite parce que le diner est pris dans la salle de classe. Et les enfants veulent aller jouer dehors au plus vite. C’est comme si on obligeait tous les travailleurs de manger à leur bureau, tous les jours. Et que seulement ensuite, ils pourraient sortir dehors prendre une pause. Est-ce que ce serait acceptable, ne serait-ce qu’aux normes du travail ?

De plus, selon une étude de la Harvard School of Public Health de Boston, on devrait laisser au moins 20 minutes aux enfants pour manger.

À lire aussi: Diner à la vitesse de l'éclair

Des inquiétudes confirmées

En discutant autour de moi, avec les collaborateurs et les blogueurs, et à lire la discussion engendrée par une simple question, je comprends que je ne suis pas la seule inquiète. On souhaite apprendre collectivement à nos enfants les bonnes habitudes de vie, la saine alimentation.

D’ailleurs, les articles sur le sujet de la saine alimentation dans les familles pullulent. Le jugement est souvent dirigé vers les parents qui servent de la nourriture transformée à leurs enfants. Mais ne devrait-on pas réfléchir aussi au rôle de l’école dans la saine alimentation et les saines habitudes de vie, en pensant tout d’abord à la façon dont les diners sont organisés dans les écoles ?

Le hic est que la majorité des écoles a été construite alors que les enfants avaient un parent (une mère) à la maison. Ainsi, très peu d’enfants se retrouvaient à manger en dehors de la maison pour le diner. Les changements dans la société ont amené un changement des besoins des familles. Mais la solution n’est pas simple.

La cafétéria est bruyante. Les salles de classe inadéquates. Le gymnase résonne. Certaines écoles ont même des tables dans les couloirs. C’est comme si on avait oublié de penser à l’aspect social de l’alimentation.

Il y a bien certaines personnes (des femmes) qui offrent des diners dans leur maison, près des écoles. Un compromis pour certaines familles entre manger à l’école et manger à la maison. Mais ça reste marginal. Est-ce qu’on pourrait justement penser à un système de diner à l’externe de l’école elle-même ?

Coup d’oeil vers la France

Si on regarde en France, on aborde l’alimentation comme un enjeu de santé publique et de lutte aux inégalités sociales. Quand on parle à des parents français, ils sont souvent surpris que les Québécois fassent des lunchs en majorité pour les enfants. Pour eux, ce représenterait l’illustration de grandes inégalités sociales. En France, c’est un système de cantine opéré par les municipalités qui offrent le diner aux élèves. Un bâtiment municipal est dédié à cuisiner des repas chauds pour les enfants des écoles avoisinantes. Des heures précises séparent les plus grands des tout-petits.

Est-ce que le système des cantines est parfait ? Non, pas du tout. Comme l’explique notre chroniqueuse Béatrice Kammerer. Mais les inégalités quant au contenu de l’alimentation s’amenuisent. Les enfants sortent de l’école pour le dîner. Les parents n’ont pas à fournir les lunchs, que les collations.

La réflexion sur l’alimentation des familles nous amène sur plusieurs pistes dans ce dossier. Loin de trouver des solutions miracle, on a bien envie de réfléchir et d’entendre vos suggestions.

D’ailleurs, vous connaissez de belles histoires liées à l’alimentation des familles et des enfants, on a très hâte de les lire!

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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