09
Mai
Vers une reconnaissance de l’adoption coutumière pour les Autochtones
Vers une reconnaissance de l’adoption coutumière pour les Autochtones

Dans les milieux autochtones, les enfants peuvent changer de famille de façon informelle lorsque la situation familiale l’exige. Cette adoption coutumière fait avant tout partie de la culture. L’adoption et surtout le rôle des services sociaux doit être revu selon ces coutumes. Lors du congrès de l’ACFAS, Christiane Guay, chercheuse à l’Université du Québec en Outaouais, revient sur ses recherches avec la communauté innue.

Le concept d’adoption ne correspond pas à la réalité vécue par les Innus. « Pour eux, l’enfant appartient à tout le monde, à toute la famille », explique Christiane Guay. L’adoption chez les Innus est consensuelle. Aucun papier n’est signé, tout est verbalisé. Cette « adoption admise » ne brise jamais le lien de filiation. En fait, le mot adoption n’est pas vraiment utilisé pour désigner ce processus.

Des valeurs ancrées

Cette prise en charge d’enfants non biologiques résulte des valeurs de partage et d’entraide présentes dans les milieux autochtones. Les enfants sont confiés aux grands-parents, proches ou familles adoptives pour de nombreuses raisons.

On peut penser aux problèmes de santé mentale que peuvent rencontrer certains parents. Ou encore pour aider les jeunes filles qui deviennent mères très tôt. Mais aussi pour que le parent puisse aller étudier hors de la communauté.

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Le choix de l’enfant

La communauté respecte surtout le choix de l’enfant. Christiane Guay relate l’histoire d’un Innu qui a demandé à être adopté par ses grands-parents, par exemple. Ou encore un enfant qui a vécu dans trois familles différentes et qui a choisi celle où il se sentait le mieux. Tout se fait dans l’entraide et le respect.

Il faut comprendre qu’il n’y a pas de modèle à l’adoption coutumière. Les histoires sont différentes et ne restent pas immobiles. Mais il y a tout de même quelques caractéristiques comme « les ententes qui sont toujours conclues entre les parties de manière consensuelle, sans jamais de papier », explique Christiane Guay. Et comme l’adoption ne brise pas le lien de filiation, il peut se superposer à la filiation d’origine. « À tel point qu’une personne m’a dit “j’ai deux mamans : ma mère et ma tante” », raconte la chercheuse.

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Pas de confidentialité

Comme tout le monde se connaît dans les communautés autochtones, l’adoption n’est pas confidentielle. Plus que ça, les enfants vivent souvent dans la même rue, ou dans la même maison que leur famille d’origine.

Rien ne leur est caché sur leurs liens de filiation. De plus, les parents d’adoption poussent les enfants à aller vers leurs parents biologiques : « Dans tous les cas, la situation est réversible. Par exemple, autour de 9-10 ans, la famille qui accueille encourage l’enfant à aller passer du temps avec ses parents d’origine. »

Dans certains cas, l’enfant reste même vivre chez sa famille d’origine. Les enfants ont des liens autant avec la famille adoptive qu’avec leur famille biologique. Ça leur permet un développement dans un réseau auquel ils appartiennent. L’enjeu le plus important avec l’adoption coutumière est d’assurer la protection des enfants.

La loi 113

Le projet de loi 113 modifiant le Code civil en matière d’adoption ne satisfait pas la conception de l’adoption coutumière par les communautés autochtones, car la notion de filiation y est trop présente.

Les Innus souhaitent présenter un projet de loi pour faire reconnaître l’adoption coutumière auprès des services sociaux.

adoption coutumière

Les Innus ont pu présenter un projet de loi qui n’exigerait pas la filiation. « Il s’agirait de nommer une autorité compétente dans les communautés qui aurait juste la responsabilité de constater un transfert. La personne n’aurait qu’à délivrer un certificat et le certificat pourrait être repensé en cas de changement », explique Christiane Guay.

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À propos de Elodie Potente

Elodie termine sa maîtrise en journalisme et médias numériques à Metz, en France. Elle a traversé l'océan Atlantique pour faire son stage à Planète F. Elle a envie de parler de sujets qui comptent, tout en utilisant ses compétences web. Et elle trouvait que Planète F était parfait pour ça!

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