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Oct
Apprendre: iPad, portable ou autre tablette ?
Apprendre: iPad, portable ou autre tablette ?

Depuis le retour du parti Libéral à la tête du gouvernement, le tableau blanc interactif (TBI) tant contesté pourrait reprendre le chemin obligatoires dans toutes les écoles du Québec. Pourtant, de plus en plus d’enseignants aimeraient se tourner vers d’autres outils technologiques pour enseigner. Quel outil choisir pour permettre aux élèves du Québec de bénéficier de tous les avantages des technologies pour mieux apprendre ?

 

Pour Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, l’environnement n’a pas vraiment d’importance. « Si tu sais conduire une Ford, tu vas savoir encore conduire une Chevrolet. Les élèves développent des compétences transversales », ajoutant que c’est plutôt lorsque le ministère impose un outil aux enseignants qu’il y a un réel problème. « Actuellement, on impose le tableau blanc interactif. C’est une erreur selon moi. Que les enseignants choisissent le iPad ou un autre, c’est leur choix, ce sont eux qui travaillent avec les élèves. Il faut laisser le choix aux écoles. »

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Stéphane Villeneuve, professeur au département de didactique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), croit aussi que le tableau blanc interactif n’est pas la bonne technologie pour les écoles du Québec, qu’il croit désuète. Selon lui, c’est une erreur de vouloir les remettre de l’avant dans les écoles alors que le gouvernement précédent avait mis un frein à son implantation dans les écoles. « On peut faire des tableaux blancs avec projecteur et une tablette. On peut réduire les coûts avec d’autres outils, sans avoir à acheter les TBI. L’outil est couteux, centré sur l’enseignant. Il n’est pas fait pour interagir avec les élèves. Mais ce sont des décisions politiques », déplore-t-il.

Des technologies désuètes

Thierry Karsenti dénonce aussi les décisions politiques qui dirigent l’utilisation des technologies dans les écoles publiques. « Ça fait 30 ans qu’on utilise les ordinateurs dans les écoles. Pourquoi sont-ils si peu utilisés ? Parce que ce sont des informaticiens qui prennent des décisions pour les enseignants. Laissons une plus grande partie du choix à l’enseignant. Il y a des cimetières de technologies dans les écoles, dans les commissions scolaires. Pour des technologies qui ne sont jamais utilisées. Ça, c’est triste. »

En 2013, M. Karsenti a complété une étude sur la tablette qui parle presque exclusivement du iPad. Une critique entendue dans le milieu de l’éducation dénonce la préférence qu’aurait M. Karsenti pour les produits Apple. « On a fait une étude sur la tablette. Mais 97 % des classes avaient des iPad. Le 3 % qui avait une autre tablette, on ne pouvait pas comparer. Les enseignants avaient tellement de problèmes techniques. Je caricature à peine. Les jeunes prenaient une photo et ne la retrouvaient plus dans leur tablette. C’était moins intuitif pour les élèves. Il y avait des problèmes de compatibilité pour les enseignants. À cause de ces nombreux défis rencontrés, on n’a pas pu comparer les autres tablettes dans notre étude », se défend-il.

L’investissement de Apple dans l’éducation

De son côté, Stéphane Villeneuve croit qu’il y a un côté marketing important et à ne pas négliger. « L’utilisation peut sembler plus instinctive sur le iPad, mais c’est une question d’habitude. On est captif de l’environnement. On pourrait intégrer des tablettes beaucoup moins couteuses que des iPad dans les écoles. Des tablettes à 100 $, ça existe ! »

Thierry Karsenti balaye l’aspect marketing du portrait. Il affirme que Apple ne fait pas d’argent en éducation. « C’est 0,1 % de leur chiffre d’affaires ! Ils font de l’argent avec les iPhone, la musique. Apple n’a pas besoin de l’éducation pour faire des profits », croit-il. Pourtant, Apple investit largement dans des programmes d’éducation. Il a d’ailleurs mis sur place un programme d’excellence pour les gens qui favorisent l’utilisation des technologies (et des produits Apple) dans l’éducation. Thierry Karsenti en est récipiendaire. « J’ai reçu un prix d’Apple. Je ne peux pas empêcher personne de me donner un prix. Ça ne m’a pas donné un sou », explique le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les TIC en éducation. Il ajoute que Samsung n’a pas de volet éducation. « Apple a ce souci. »

Être nommé Apple Distinguished Educator (ADE) permet d’assister à des rencontres pour voir les nouveaux produits d’Apple, donner son avis et suggérer comment ils pourraient être intégrés en éducation. Mais M. Karsenti affirme n’y être jamais allé. « Je ne participe pas à ces rassemblements par manque de temps. De plus, je ne peux être financé par une entreprise que j’étudie. Vous comprendrez que ça serait une sorte de conflit. » Il croit plutôt que de mauvaises langues émettent des doutes sur son intégrité. Il affirme à sa défense que l’étude sur le iPad émet des nuances sur l’utilisation de l’outil en classe. « Je ne pense pas que c’est ce que l’entreprise aurait souhaité », dit-il. Planète F a demandé à Apple Canada le rôle des ADE, mais l’entreprise n’a pas répondu, malgré les nombreux essais.

Démocratiser l’accès aux outils technologiques

Shawn Young croit que la solution réside dans la démocratisation des outils. À l’école privée de Sherbrooke où il enseigne, on a plutôt opté pour que chaque élève apporte l’outil technologique qui lui convient le mieux. « C’est ce qu’on appelle le Bring your own device (BYOD). Ça responsabilise les jeunes. Les élèves apportent les outils selon leurs moyens. » Il ajoute que lorsque les applications seront majoritairement sur internet comme Google Docs, Dropbox ou les courrielleurs comme Hotmail et Gmail, le type de disparités entre les machines s’estompera.

Il admet aussi que le iPad pas optimal pour le travail. D’ailleurs, aux États-Unis, de plus en plus d’écoles tournent le dos à Apple pour se diriger plutôt vers les outils hybrides. Ces tablettes portables permettent d’utiliser les applications, mais offrent un environnement numérique plus convivial pour le travail.

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

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