06
Mai
Mon fils d’amour… et dangereux
Mon fils d’amour… et dangereux

La scène du film Mommy de Xavier Dolan, où la mère, jouée par Anne Dorval, conduit son fils dans une institution, est poignante, déchirante. Ce film se situe dans un Canada fictif où une nouvelle loi permet aux parents de renoncer à leurs droits parentaux. Pourtant, la réalité dépasse parfois la fiction…

Fanny, mère de trois enfants, a dû prendre la décision la plus déchirante de sa vie en août 2014. Nicolas*, son aîné de 15 ans devenait dangereux, physiquement et psychologiquement, pour le reste de la famille. « Ce n’était plus juste moi. Toute seule, peut-être que j’aurais enduré encore… Mais je devais aussi m’assurer de la santé et de la sécurité de ma famille », dit-elle.

« Quand mon fils est parti, ç’a été l’épreuve de ma vie. C’était le placement ou ma santé mentale, et celle de mes filles ! Je n’étais plus capable ! » dit-elle en sanglotant, encore troublée par le choix déchirant qu’elle a dû faire de placer volontairement son fils de 15 ans sous la loi de la protection de la jeunesse.

À un trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) confirmé à 10 ans, de nombreux autres diagnostics ont suivi : trouble du spectre de l’autisme (TSA), troubles relationnels, troubles obsessifs compulsifs, impulsivité, troubles anxieux. Au fil des années, on ajuste la médication. Mais Fanny déplore qu’on n’ait jamais cherché à connaître la raison de tous ces troubles mentaux. Parce que Nicolas a un diagnostic de TDAH et de TSA, la psychothérapie n’est pas une option. « Mon fils aurait le cancer ou une maladie rare, la médecine essaierait de trouver un remède. On lui ferait passer tous les tests. Il serait à Sainte-Justine, hospitalisé. Il y aurait des gens pour le soigner. Mais la santé mentale, personne ne s’en occupe. Pourtant, il souffre tout autant ! », lance-t-elle dans un cri du coeur.

Malgré les nombreux diagnostics et les épreuves des dix dernières années, Fanny parle de son fils avec amour. Dans ses yeux, la lueur de l’amour maternel brille toujours. « Il est tellement beau, il est drôle, il a un bon fond », dit-elle. Elle raconte aussi qu’en première secondaire, le garçon a réussi à passer toute l’année sans médication pour le TDAH, seulement pour les troubles anxieux. Il réussit bien à l’école en plus de bien se comporter dans les activités sociales.

Des services discontinus

La mère a le droit à du répit, grâce à des services du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) de la région des Laurentides. « Quand il était petit, il était une petite bombe à retardement. Il vivait des désorganisations importantes (une crise, un moment où l’enfant perd le contrôle de ses pensées et de ses actions). Il n’arrivait pas à verbaliser ses émotions », se souvient Fanny.

Au fil des ans, le jeune garçon a appris à s’exprimer, mais ses perceptions sont erronées. « Les relations sociales sont difficiles pour lui. Par exemple, il se fie davantage à l’intonation qu’au contenu de la phrase qu’il entend. »

Outre les services de répit du CRDI et un suivi en pédopsychiatrie, Fanny demande une expertise à l’hôpital de Rivière-des-Prairies, spécialiste québécois des TSA. Mais il faut une référence d’un médecin. « Le pédopsychiatre n’a jamais demandé à voir les rapports d’évaluation du CRDI ou les bilans des intervenants sur la situation. Il parlait 20 minutes avec l’enfant et prescrivait la médication. C’est tout. Il ne parle pas à la famille. Il n’écoute pas leurs inquiétudes et leurs demandes. Si un oncologue n’est pas capable de traiter un cancer, il va référer à un autre oncologue ! Pourquoi ce n’est pas fait comme ça en psychiatrie ? », demande-t-elle. Elle déplore qu’il n’y ait pas d’autres options de thérapie en parallèle offertes dans le système de santé public, comme la psychothérapie.

Elle se souvient clairement d’un épisode difficile où son fils a dû être hospitalisé en psychiatrie dans un hôpital pour enfants. Il avait 11 ans. « Il a dû être contenu et attaché par cinq hommes pour le calmer. » À la suite de cette hospitalisation, le médecin relié à l’établissement a continué de prescrire des médicaments pendant près d’un an… par téléphone. Faute de suivi à l’externe. Fanny ignore si c’est parce qu’il n’y avait pas de place pour son enfant ou parce qu’il n’y avait tout simplement pas de suivi à l’externe offert.

À l’adolescence, les crises de son fils deviennent de plus en plus difficiles à gérer.

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À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. Nancy Duguay

    L’histoire de cette maman me va droit au coeur et ça m’aide à comprendre plutôt que de culpabiliser ma famille de n’avoir été capable d’avoir soin de moi vu mes troubles de comportement… Cette femme au grand coeur m’éclaire… tu as beaucoup de courage Fanny et j’ai du chemin à faire pour me pardonner à moi-même pour toutes les bêtises que j’ai dis à ma famille… ça n’à vraiment pas été facile pour eux d’être avec un enfant problématique. T’as fait le bon choix et pense à toi! Je vous porte dans mes prières! N’abandonne pas et bon courage…

  2. kima

    Les jugements des autres ne s arrèteront jamais. n en faites pas cas. Vous avez agis et fait ce qu il faut faire pour le bien de votre fils et vous avez raison. J ai fortement ressentie votre dechirement d autant plus que j ai un fils TDAH DE 10 ANS qui commence deja a manifester des signes de violence, anxiete, vol, mensonge… et j en passe. je crains pour lui le mème sort et rien qu en y pensant je suis meurtrie dans ma chair. J ai appris qu une carriere dans l armee etait tres recommandee pour les TDAH. L enfermement, l encadrement et les disciplines qui y sont enseignees rappellent beaucoups ce centre de jeunesse. Il faut peut ètre penser a une carriere militaire pour lui. vous ètes un modele de maman
    cordialement, kima

  3. Nancy bouffard

    Passage de vie très difficile. …oui il y a de l’aide. …mais pas assez…..oui on voudrais donc qu il soit traité comme les gens qui on des maladies apparante comme le cancer….oui faut les protéger. ..mais aussi le reste de la famille….notre couple….ainsi que les autres….comme je comprend le sentiment déchirant de devoir volontairement placer sont enfants au mains de la société. …je me suis senti démoli. …et ce jour à été comme si j’avais tout abandonné. …Malgré que nous continuons plusieurs années après a etre présent. ..car vous savez qu’à 18 ans le soutient est vraiment réduit. ..cela est sur une base volontaire. …aujourd’hui mon fils est décédé depuis presque 4 ans…accident d’auto. ..poursuite policière. …il nous manque énormément. … mais l’inquiétude. …la peur…n’est plus là car je sais qu’il ne souffre plus….courage à tous ses parents qui vivent des choses semblables. …et tant qu’il respir il y a de l’espoir ♡♡♡ pleins d’ondes positives à tous…

  4. Mélissa Morin

    Un acte courageux de votre part, laisser le soin de votre enfant à des inconnus, par amour pour lui, pour l’aider. Je suis intervenante en réadaptation, Centre jeunesse, auprès d’enfants ayant des troubles de santé mentales et des troubles de comportements. Notre objectif est d’apprendre à ces enfants comment vivre avec leurs trouble de santé mentales pour adapter des comportements adéquats. Bien sûr nous accompagnons les familles dans les méthodes d’interventions etc, mais effectivement, il y a un manque de ressource externe pour la continuité des services, un manque d’éducateurs externes qui font le pont entre nous et la réalité à la maison. Qui accompagnent les parents et leurs enfants à la maison à savoir quoi faire et comment faire quand mon enfant est comme ça… La santé mentale est complexe et comme société il serait un devoir d’en prendre soin.

  5. laurie-cendrine

    Ses notre histoire a nous je suis la fille de fanny t sa na pas été facile pour nous et les autre ma mère ses la plus courageuse et la plus persévérante
    Laurie-cendrine

  6. Marie Audette

    Bonjour, je vis la même situation avec ma fille de 15 ans, elle est TDAH, TOC, TAG et personnalité limite en émergence et diabétique de surcroît….Placée depuis le 7 décembre dernier…Centre de réadaptation jeunesse…J’ai dû piqué une sainte colère à la psychiatre de Ste Justine pour obtenir de l’aide…Depuis l’âge de 6 ans que l’on fréquente le service de santé mentale jeunesse… Malgré la qualité des intervenants divers du milieu, Ils ne font qu’éteindre les feux….Il y a des semaines où mon conjoint et moi somme comme des Zombies…Sans compter que son grand frère de 20 ans et TDAH lui aussi ! Bonne chance ;a nous tous!!!

  7. Mélanie Talbot

    Bonne chance à cette femme avec son fils, ce doit être déchirant de devoir faire ce choix. J’espère qu’il aura toute l’aide dont il a besoin pour réussir à faire une belle vie. J’espère aussi qu’elle réussira à réaliser son rêve d’ouvrir le centre d’aide…Ce genre de maison devrait déjà existé, les besoins sont immenses.

  8. nadia emond

    Bonjour..ce que je viens de lire ressemble à ma vie. Je vis cette réalité depuis 6 ans. Ouff..pas facile..je comprends comment on peut se sentir en tant que mère. Ses écrits me touchent énormément..mais il faut demeurer positif..bon courage!!

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