28
Nov
Édito: Faut-il obliger de vacciner?
Édito: Faut-il obliger de vacciner?

 

C’est une question éthique importante où il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Certains souhaitent protéger les plus vulnérables qui ne peuvent être vaccinés. D’autres brandissent le droit de choisir les soins de santé reçus.

Dans ce débat, il y a un enjeu central : le choix personnel est-il plus grand que le choix collectif ? Quel poids devrait avoir chacun des arguments ? Quels sont les sacrifices de vivre en société ? Aller à l’encontre de ses propres valeurs, de ses propres croyances ? Mettre en danger d’autres personnes ?

En Australie, on a établi que les parents peuvent choisir de ne pas vacciner leurs enfants, au prix de ne pas recevoir toutes les allocations familiales. Au Canada, trois provinces ont rendu la vaccination obligatoire pour avoir le droit de fréquenter l’école publique, soit l’Ontario et le Nouveau-Brunswick et le Manitoba. Est-ce qu’on pourrait, comme société, empêcher des enfants d’accéder à une éducation publique sous prétexte des choix de leurs parents ? Ève Dubé, anthropologue à l’Institut de santé publique du Québec croit que ce n’est pas la bonne voie à suivre.

Au Québec, il n’y a pas encore de volonté claire d’obliger la vaccination. Le comité d’éthique qui s’est penché sur le sujet récemment a plutôt recommandé un registre national de vaccination mis à jour régulièrement. On souhaite ainsi uniformiser les données et obtenir des taux de vaccination plus complets pour l’ensemble de la population québécoise.

Droit de choisir, droit de soigner

Aux États-Unis, de plus en plus de médecins refusent de soigner les enfants qui ne sont pas vaccinés. Ils ont même l’aval de l’Association américaine de pédiatrie. Est-ce qu’on pourrait voir des médecins québécois refuser de traiter des enfants non vaccinés ?

Suivant cette prémisse, on pourrait ainsi dire que tous les citoyens qui ont des comportements à risque ne sont plus soignés par le système de santé public. Incluant les gens qui fument, qui ont des relations sexuelles non protégées, qui mangent de la nourriture surtransformée quotidiennement ou qui boivent des boissons gazeuses régulièrement. Ne serait-il pas inquiétant d’ouvrir cette porte ?

Une question de santé publique

La vaccination a bien des conséquences sur les autres. Quand on vit en société, avoir des comportements qui mettent à risque la vie des autres peut être vu comme un acte criminel. Ne pas avoir un taux d’immunisation de masse suffisant peut mettre certaines personnes à risque, par exemple, les enfants immunodéficients. Encore faut-il que ce concept d’immunisation de masse soit accepté, compris et intégré par tout le monde. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

Une épidémie de rougeole pourrait-elle avoir des conséquences graves, même sur une population majoritairement vaccinée ? Et si les personnes non vaccinées étaient poursuivies au civil pour avoir eu des comportements risqués ? Pour avoir mis en danger, ou même tué certaines personnes lors d’une épidémie. Est-ce qu’on pourrait voir des poursuites qui mèneraient à une législation plus encadrée ?

Le manque de confiance

Certains diront que les compagnies pharmaceutiques font pression pour obliger la vaccination. S’en suit la théorie du complot. D’ailleurs, la confiance envers les compagnies pharmaceutiques est ébranlée depuis plusieurs années. Et quand on demande pourquoi, l’organisation Médicaments Novateurs Canada, qui représente l’industrie pharmaceutique, réfère à un rapport d’une grande agence de relations publiques internationale, Eldeman.

Dans ce rapport, on mentionne que la confiance des Canadiens envers l’industrie pharmaceutique a diminué dans les cinq dernières années.

Obliger de vacciner

Mais lorsqu’on leur demande ce qui pourrait être fait par l’industrie pour tenter de regagner cette confiance, les réponses ne sont pas claires. On renvoie aux données des organisations de santé comme l’Institut de santé publique du Québec. On ne répond pas explicitement. On gagne du temps.

L’ironie de l’accès à la vaccination

Pendant que de nombreux parents doutent de la vaccination, d’autres n’ont pas accès à ces soins de santé publique. Médecins du Monde Canada sortait publiquement récemment pour dénoncer que de nombreux parents ne peuvent faire vacciner leurs enfants gratuitement au Québec parce qu’ils n’ont pas la carte d’assurance-maladie.

« De nombreuses mamans viennent à notre clinique dans l’espoir de faire vacciner leur nouveau-né, après avoir été refusées dans un établissement de santé ou parce qu’elles ne peuvent pas payer les vaccins. Pour nous, c’est à chaque fois la preuve que le système en place n’est pas respecté. Ces enfants devraient pouvoir se faire vacciner gratuitement partout au Québec, mais de nombreux établissements leur refusent arbitrairement ce droit », explique Pénélope Boudreault, infirmière responsable clinique chez Médecins du Monde dans le communiqué.

Selon l’organisation, plus de deux établissements de santé sur trois refusent de vacciner les enfants sans carte d’assurance-maladie ou exigent un paiement entre 10 et 205 $ pour chaque vaccin.

N’y a-t-il pas quelque part une vision irréconciliable entre ceux qui refusent catégoriquement la vaccination et ceux qui se battent pour l’obtenir ? Entre ces deux extrêmes, beaucoup de parents cherchent des réponses. Pour mieux comprendre leurs questionnements, l’écoute reste un moyen efficace. Non pas pour convaincre, mais bien pour arriver à trouver les réponses à leurs inquiétudes.

C’est ce que ce dossier souhaite apporter. Un peu de réponses et des réflexions aussi.

Également sur Planète F
Infertilité : doit-on craindre la crème solaire ? La crème solaire est devenue un produit de consommation incontournable. Des chercheurs danois croient toutefois qu’elle pourrait être associée à l’inf...
Monter sur le podium : à quel prix? Pour figurer parmi les meilleurs, le talent et l’entraînement ne suffisent pas. Il faut aussi de l’argent et la facture est parfois très salée! Membr...
La voiture, un espace familial Trajets quotidiens, départ en vacances, dans l'habitacle particulier de la voiture, les familles sont réunies pour un temps plus ou moins long. Dans c...
L’éducation sexuelle à l’ère de la réforme En 2003, le cours de formation personnelle et sociale (F.P.S) était aboli pour faire davantage de place aux cours de base comme le français et les mat...
Écriture cursive : caractères sacrés ? La Finlande a tiré un trait sur l’enseignement de l’écriture en lettres attachées. Le Québec devrait-il l’imiter ? L’annonce a fait couler beaucoup d...
Les modules de jeux sont-ils trop faciles? Grimper dans des pneus de caoutchouc, au risque d’en tomber. Escalader un mur qui semble si haut vu d’en bas. Plusieurs aires de jeux font le pari de ...

À propos de Mariève Paradis

Éditrice et cofondatrice, Mariève est journaliste indépendante depuis 2005. Elle travaille sur plusieurs plateformes (web, magazines, hebdomadaires, radio et télévision). Elle cumule deux prix en journalisme, la Bourse Fernand-Seguin en vulgarisation scientifique et la Bourse en journalisme des Instituts de recherche en santé du Canada qui lui a permis de faire des reportages au Nunavik et au Groenland en 2012.

Commentaires

  1. Caroline16

    Bonjour! Juste une précision (j’habite en Ontario). Les élèves ontariens non vaccinés peuvent fréquenter l’école, mais advenant l’éclosion d’une maladie visée par les vaccins de base, les enfants non vaccinés doivent rester chez eux jusqu’à ce que la situation redevienne normale.

Laisser un commentaire