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Juin
Édito : de quoi avons-nous besoin ?
Édito : de quoi avons-nous besoin ?

J’ai une idée incroyable d’investissement rentable pour nous, les Québécois. Si je vous disais qu’en y mettant les sous, il serait possible d’anéantir l’analphabétisme au Québec en l’espace d’une génération ?

Vous imaginez la force de ce Québec-là ?

La fin du règne du diagnostic

Si, tout comme moi, vous êtes parent d’un des très nombreux enfants nés hors de la normalité, vous le savez. La route est longue jusqu’aux services publics nécessaires. En cours de route, bien des choses peuvent changer : votre travail, votre situation financière, votre dynamique familiale, la couleur de vos inquiétudes parentales… Chez Planète F Magazine, on décrit de long en large ce chemin.

À lire aussi : Notre dossier Vivre la différence

La première étape de ce voyage : la course au diagnostic. Ce diagnostic est crucial, car de lui dépendra les services auquel l’enfant a droit. S’il est mal diagnostiqué, ou si on en rajoute une couche par dessus le premier trouble, on changera le jeune de liste et tant pis pour les années d’attente… La bureaucratie de notre système de santé prévaut souvent sur les besoins de l’enfant au Québec.

Pour cette raison, il est naturel que les parents se regroupent entre « diagnostics » pour réclamer des services. Plus de services pour les enfants autistes, pour les petits trisomiques, pour les enfants dyslexiques, dyspraxiques, etc. Et Québec d’injecter quelques millions sporadiquement, à grand renfort d’annonces médiatisées, selon autant de clientèles électorales.

Stop. C’est ici que je pense, il faut changer la façon de mener cette bataille. De quoi les parents ont-ils vraiment besoin ? Parce que c’est bien beau un diagnostic, et on est très bons au Québec pour en donner, mais on est vraiment moins bons pour fournir l’aide, après.

Les parents ont besoin de services publics accessibles.

L’accessibilité comme lutte politique

Les parents ont besoin de services qui soient accessibles sans avoir à se rendre jusqu’à l’Assemblée nationale pour les obtenir. Il est urgent de voir les critères bureaucratiques pour ce qu’ils sont devenus au Québec : autant de barrières artificielles mises entre l’enfant et le service nécessaire. Parfois, ces critères sont carrément des justificatifs au déni de service (Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Protectrice du citoyen).

À mon avis, la première étape de cette accessibilité; les traitement en orthophonie. (Qui pourraient être donnés en complémentarité avec les orthopédagogues. Le but n’est pas de créer une chicane de clocher entre les deux professions, le but est d’offrir des services là où il y a des besoins).

La job spécifique des orthophonistes? Évaluer en vue de construire le fameux plan d’intervention pour aider l’enfant à mieux communiquer, parler, écrire, lire… En fait, l’orthophoniste est LE spécialiste le plus utilisé par les parents d’enfants handicapés, selon une étude gouvernementale sur les dépenses des parents d’enfants handicapés datant de 1999. Il intervient autant pour les autistes, pour les enfants ayant un handicap intellectuel, les enfants ayant un trouble du langage… À eux seuls, les enfants ayant un « simple » trouble de langage sont nombreux au Québec.

Dans un Québec où 20% des jeunes sont en difficulté à l’école primaire, où la moitié des adultes peinent à lire ces lignes, offrir à nos jeunes des services accessibles en orthophonie me semble un projet de société nécessaire et structurant. Au Québec, si on a les moyens d’investir dans une compagnie comme Bombardier, on a certainement les moyens d’investir dans l’avenir du Québec!

Débats

Des services d’orthophonie accessibles dès qu’un parent a une inquiétude. Des services en orthophonie dès un jeune âge, pour que l’entrée à l’école se fasse mieux. Et que l’enfant y vive du succès. Des services publics en prélecture avant l’école et non pendant l’école.

ll y a un débat d’expert qui prend beaucoup de place au Québec présentement, c’est celui à savoir s’il faut mieux mettre nos enfants de 4 ans au CPE, en garderie privée ou à la maternelle. Or, les jeunes enfants du Québec vont déjà dans une multitude de milieux : CPE, garderie privée, maternelle 4 ans, au foyer avec un parent…. L’important, c’est que les services soient accessibles. Pour tous, dans tous les milieux.

Notre Histoire

Il y a des leçons à tirer de notre Histoire. Et les luttes autour accessibilité peuvent être fructueuses. Par exemple, la lutte des féministes québécoises pour l’avortement. Au Québec, les groupes féministes ont axé leur lutte sur l’accessibilité du service. Dans le Rest of Canada, les féministes qui se sont battues pour l’avortement ont plutôt axé leur lutte sur la défense des médecins qui pratiquent l’acte. Résultat ? « Le Québec est probablement l’endroit le mieux organisé au monde pour l’accès à une IVG (NDLR : avortement) par instruments. Sur la centaine de points de service disponibles au Canada, 47 se trouvent sur le territoire québécois » expliquait Anne-Marie Messier, directrice du Centre de santé des femmes de Montréal, à la Gazette des femmes.

Inspirons-nous de cette nécessaire lutte féministe pour en mener une autre, celle des services à nos enfants. Commençons par les services en orthophonie. Et visons haut, pour l’amour de nos enfants et au nom de tout ce qu’ils pourront devenir.

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À propos de Marie-Hélène Verville

Marie-Hélène Verville est journaliste indépendante et mère de trois enfants. On la lit surtout à la Gazette des femmes. Elle a été journaliste, puis rédactrice en chef de l’hebdomadaire Cités Nouvelles dans l’Ouest-de-l’Île pendant six ans. Diplômée de l’UQAM, elle a fait ses classes auprès de l’équipe de la défunte émission Infini Décimal à CISM et de l’Agence Science-Presse.

Commentaires

  1. Frankiety

    Les orthophonistes sont souvent les intervenantes ( car oui, j’ose le mettre au féminin…) pivot dans les écoles. Car bien qu’elles ne soient dans une école souvent qu’à temps partiel, elles y sont plus que les psychologues. Je vous lis par contre et je vois des problèmes qui dépassent la compétence de la seule pauvre orthophoniste. OUI elle est nécessaire. Essentielle. Mais elle ne doit pas non plus galvauder sa spécialité en devant une « jack of all trades », ce qui est malheureusement souvent le cas. Toutes les commissions scolaires devraient avoir une équipe de spécialistes en dépistage et réadaptation. Personnellement, je suis ergothérapeute. Les orthophonistes, éducatrices spécialisées, physiothérapeutes, psychologues, orthopédagogues, psychoéducatrices et enseignantes sont des collègues que je suis privilégiée de fréquenter. Mais certaines sont en école, d’autres au CLSC, d’autres en centre de réadaptation… Et comme vous dite, malgré la création des CISSS et CIUSSS qui nous font zézayer, la bureaucratie demeure l’ennemi #1. Et jusqu’à présent, elle ne fait qu’augmenter ladite bureauratie…

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