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Juin
Grossesse nerveuse : quand le corps nous ment
Grossesse nerveuse : quand le corps nous ment

Nausées, ventre qui grossit, coups de pieds de bébé… Ces symptômes sont parfois ressentis par des femmes qui ne sont pas enceintes.

Divers facteurs peuvent atteindre leur équilibre psychologique et influer sur leur corps. Au point que celui-ci se transforme, comme pour une grossesse.

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Marie Tudor, reine d’Angleterre et d’Irlande au XVIe siècle, n’a jamais eu d’enfant. Pourtant, elle a cru être enceinte deux fois. En juillet 1555, celle que l’on surnomme « Bloody Marie », voit ses symptômes de grossesse disparaître. Son ventre, alors arrondit, redevient plat et ses nausées matinales s’arrêtent. La reine a vécu sa première grossesse nerveuse. Peu avant sa mort en 1558, elle croit à nouveau être enceinte, mais est victime d’une autre grossesse fantôme.

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Nous sommes 460 ans plus tard, Giovanna a elle aussi tous les symptômes. Nausées, ventre qui gonfle, arrêt des règles. Pourtant la jeune femme n’est pas enceinte. En fait, son cas est bien spécifique à notre époque, elle a subi ces changements après avoir commencé la pilule. Mais les douleurs et les transformations de son corps l’amènent à penser qu’elle attend un enfant. Dans la panique, et alors que tous les médecins lui disent le contraire, Giovanna s’auto-persuade : « J’avais besoin de me dire que j’étais enceinte pour expliquer les douleurs. »

Phénomène psychologique

On a déjà entendu des histoires incroyables sur des dénis de grossesses, (des femmes qui ne savent pas qu’elles attendent un enfant), mais l’inverse existe aussi. La grossesse nerveuse toucherait 1 à 6 femmes sur 22 000. Lorsqu’on s’approche des forums Web, on s’aperçoit que le nombre de femmes désireuses d’avoir un enfant et qui sont dans une détresse psychologique est grand. Et on constate également que l’imaginaire peut jouer des tours.GR_02Même après des tests négatifs et des rendez-vous chez le gynécologue, certaines femmes affirment être enceinte. « Le diagnostic est généralement basé sur un abdomen distendu chez une patiente ayant une histoire suggestive, ainsi que la démonstration de l’absence du foetus et du placenta à l’aide d’une échographie abdominale », expliquent les chercheurs indiens Perpetus Ibekwe et Justin Achor dans leur article Psychosocial and cultural aspects of pseudocyesis.

Perte de repères

Une grossesse nerveuse peut durer d’une semaine à neuf mois et s’étendre au-delà du temps rationnel de la maternité. «  Certains cas de grossesses nerveuses sont dues à des problèmes psychiatriques », explique Mary Seeman, psychiatre et chercheuse à l’Université de Toronto. « Dans ces cas-là, il est plus difficile de faire comprendre à la femme qu’elle n’attend pas d’enfant. En tant que psychiatre, j’ai déjà eu des patientes qui construisaient des scénarios pour expliquer que leur grossesse dure plus de 9 mois. Comme par exemple le fait qu’elles aient perdu le bébé et qu’elles soient retombées enceintes.»

Tout se passe dans la tête, mais le physique réagit en fonction. C’est pourquoi on est confronté à des cas de grossesses nerveuses qui peuvent durer longtemps. Comme on est confronté à des cas de déni de grossesse qui vont jusqu’au terme. « Pour certaines femmes, la réalité ne peut pas faire disparaître l’illusion de la grossesse », ajoute Mary Seeman.

Le corps et l’esprit se révèlent alors bien plus connectés que l’on ne croit : «  Je disais que c’était trop tôt pour avoir des résultats positifs », explique Giovanna. « Je disais que c’était des faux négatifs ». Pour elle la peur d’être enceinte est trop forte. Et elle doit absolument trouver une explication aux changements de son corps. «  Les facteurs psychologiques clés sont de trois types, à savoir : un désir intense, un souhait ou une peur de la grossesse qui entraîne une grossesse nerveuse à travers des mécanismes neuroendocriniens complexes », expliquent les chercheurs indiens Perpetus Ibekwe et Justin Achor.

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Admettre la réalité

Une jeune femme souhaitant garder l’anonymat confie son parcours : « Quelques semaines avant d’avoir mes règles j’avais des douleurs à la poitrine, des nausées, difficulté à m’alimenter, des maux de tête. »

Malgré des signes de grossesse, ses règles arrivent. Cependant, plus le temps passe, plus elle a des symptômes en contradiction avec la réalité : ventre arrondi, problèmes hormonaux… « Une fois le diagnostic posé par le gynécologue, j’étais obligée d’admettre que je n’étais pas enceinte », confie-t-elle. «Finalement c’est mon psychologue qui a prononcé les mots ‘grossesse nerveuse’. »

Les deux femmes ont mis plusieurs mois à admettre la réalité, leur réalité. Giovanna avoue avoir fait de nombreux aller-retour dans son processus de guérison. Tests urinaires, prises de sang, recettes de grand-mère, elle a tout fait pour se persuader d’être enceinte, même essayer de retarder ses règles. « À chaque nouveau cycle, j’allais chez le médecin. Pour lui c’était clair que les symptômes étaient dus à la pilule et que c’était dans ma tête que je me disais que j’étais enceinte. Mais il ne m’a pas dit que je faisais une grossesse nerveuse. »

C’est après quatre mois que Giovanna admet qu’elle n’attend pas d’enfant. Pour l’autre femme souhaitant rester anonyme, il aura fallu cinq mois pour s’avouer la vérité : « Mes symptômes ont disparu progressivement après la prise de conscience de la grossesse nerveuse… »

Mary Seeman indique que chez les patientes souffrant de problèmes mentaux, les médicaments peuvent amener des signes ressemblant à une grossesse, comme le ventre distendu ou des montées de lait. Mais il est plus compliqué de leur faire comprendre ce qu’elles vivent. Elle ajoute que pour les femmes sans problèmes mentaux, la réalité est plus facile à admettre une fois le diagnostic prononcé.

La pression qui pèse sur les femmes n’est pas étrangère à la grossesse nerveuse : « La condition est plus commune dans les pays en développement, car il y a des pressions pour que les femmes soient enceintes. On attend d’elles qu’elles soient mères et ce sont les premières que l’on blâme en cas d’infertilité. Lorsque cela arrive, elles peuvent vivre des grossesses nerveuses, tellement la pression est forte », déclare Mary Seeman.

Crédit dessin : Sirima de Resseguier

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À propos de Elodie Potente

Elodie termine sa maîtrise en journalisme et médias numériques à Metz, en France. Elle a traversé l'océan Atlantique pour faire son stage à Planète F. Elle a envie de parler de sujets qui comptent, tout en utilisant ses compétences web. Et elle trouvait que Planète F était parfait pour ça!

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