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Fév
Mère au foyer, le difficile retour au travail
Mère au foyer, le difficile retour au travail

Mère au foyer, le plus beau métier du monde? Peut-être… Mais lorsqu’il s’agit de retourner sur le marché du travail, plusieurs se heurtent à bien des obstacles.

Malgré la popularité du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) implanté en 2006, peu de mères décident de prolonger le temps passé avec leurs enfants. Les familles canadiennes choisissent, en majorité, d’avoir deux salaires. Selon Statistique Canada, en 2015, 69% des familles comptant au moins un enfant âgé de moins de 16 ans ont deux revenus.

Par contre, quand celles qui ont choisi d’être mères au foyer en ont assez que les lundis soient comme les samedis et qu’elles désirent s’épanouir professionnellement, elles sont confrontées à une dure réalité.

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Pour Martine Plourde, directrice chez Option Femme emploi (OFE), un organisme qui offre des services de développement professionnel et d’entrepreneuriat aux femmes : « La mère qui a été absente 7, 8, 9 ans du marché de l’emploi a perdu le contact avec le marché du travail. Elle n’a souvent plus de réseau. Les emplois s’obtiennent en grande partie par le réseau ».

En effet, selon Emploi-Québec, 80% des emplois se situent dans le marché « caché », c’est-à-dire que les offres ne sont pas directement affichées. On découvre ces emplois majoritairement grâce au réseautage, aux personnes avec qui on est en lien.

De plus, selon madame Plourde : « Certaine mères n’ont pas confiance qu’elles peuvent s’actualiser. Elles n’ont pas beaucoup d’expérience dans leur domaine d’études et ont l’impression de ne pas savoir comment travailler dans ce domaine. Elles se disent : Là je vais être la vieille pas d’expérience parmi les jeunes. Ça peut être angoissant ».

Travail et émancipation

Karine* est maman de deux enfants. À la suite de la naissance de son premier bébé, diplôme universitaire en poche, elle décide de rester à la maison pour s’occuper de sa progéniture. Il lui semble inconcevable de confier ses gamins à un inconnu.

Après 6 années passées à la maison, Karine se voit dans l’obligation de retourner sur le marché du travail. Son conjoint exige un retour à l’emploi. Nonobstant un choix imposé, elle se dit avoir été chanceuse : « Une amie qui travaille au Parc de la Gatineau m’a référé. J’ai eu un emploi de préposée à l’accueil au Parc. J’ai été chanceuse. Même si ce n’était pas dans mon domaine, pour moi, c’était mieux que le McDo!».

Le retour au travail semble avoir été facile pour Karine. Référée par une amie, elle a obtenu un emploi sans avoir à effectuer de nombreuses démarches. Mais après deux mois dans ses nouvelles fonctions, Karine retrouve une certaine indépendance et la force pour mettre fin à sa relation de couple, dysfonctionnelle, depuis longtemps.

Courir après le temps

Mère monoparentale, ayant la garde de ses enfants, Karine considère que le retour à l’emploi est exigeant. « Intégrer un travail en étant responsable de deux enfants ce n’est pas évident. Le stress est au plus haut. Tu n’es pas habituée. Aller porter les enfants à la garderie, préparer les repas, donner les bains… tu t’occupes de tout, seule. En plus de t’adapter à un nouveau travail, tes besoins sont toujours tassés.»

Selon une étude réalisée par l’Institut de la statistique du Québec auprès de parents d’enfants de 0 à 5 ans, près d’un parent salarié sur deux (50%) ont souvent l’impression de courir toute la journée pour faire ce qu’ils ont à faire. Plus du tiers des parents (37%) sont souvent ou toujours épuisés quand arrive l’heure du souper, tandis que 56% n’ont jamais ou rarement l’impression d’avoir suffisamment de temps libres pour eux.

Selon cette étude, les mères sont plus susceptibles que les pères de vivre ces situations de conflit travail-famille. Ces résultats sont observés dans plusieurs études. Ils peuvent être attribués au fait que les mères consacrent généralement plus de temps que les pères aux tâches familiales. C’est vrai, même si les pères s’impliquent de plus en plus. On peut penser que le parent monoparental n’ayant pas le soutien d’un conjoint éprouvent encore plus de difficultés à concilier le travail et la famille, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un retour à l’emploi.

À lire aussi: Le précieux temps des parents

Travail et maternité, les obstacles

Les obligations financières et le besoin de stabilité viennent avec l’arrivée des enfants. Cela fait en sorte que bien des mères ne peuvent pas accepter un travail à tout prix. Si les exigences de l’emploi en termes de coûts (garderie, stationnement, habillement, etc.) et de déplacement sont trop élevées, le jeu n’en vaut pas la chandelle. « Cette réalité est encore plus criante pour les mères monoparentales qui doivent subvenir aux besoins de leurs enfants » affirme Martine Plourde.

À tout cela s’ajoute la culpabilité et la pression du double rôle. Pour la directrice d’Option Femmes Emploi : « Les femmes ajoutent un autre rôle à celui de mère. Elles ont parfois le sentiment qu’elles vont se développer au niveau de leur carrière au détriment de leurs enfants. Elles se disent qu’elles ont tant donné aux enfants et là, c’est comme si elles les abandonnaient. Ces mères veulent continuer à tout bien faire. Elles doivent apprendre à lâcher-prise, déléguer. »

Pour celles qui sont appuyé par leurs conjoints dans le partage des tâches, c’est plus facile. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques : « En 2010, les femmes effectuent la majorité des tâches ménagères et parentales – respectivement 71 % et 65 % ».

À lire aussi: L’inquiétude, le labeur des mères?

Horaires incompatibles

Karine a quitté son emploi au Parc de la Gatineau. Motivée par la réalisation de nouveaux défis et de meilleures conditions salariales, elle a complété sa formation de policière pour la GRC. Par contre, après quelques années, elle a dû se résigner à changer de domaine d’emploi. Les horaires jours/nuits étant incompatibles avec sa situation de mère. Maintenant, elle occupe un emploi dans un organisme communautaire.

Malgré tout, lorsque l’on questionne Karine sur ses choix, elle dit ne pas regretter d’avoir été maman à la maison. « C’était mon choix, je ne regrette pas. Par contre, j’aurais dû prendre des cours informatiques ou d’autres cours pour demeurer à jour sur le marché du travail ». Aujourd’hui encore, Karine se questionne sur sa carrière. Elle désire continuer de s’affranchir et offrir de belles conditions de vie à sa famille.

*nom fictif

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